Latxague

Lamier pourpre

Anglet sauvage… C’est la troisième fois depuis le début de l’année que je rends visite à cette zone humide aménagée en plein cœur d’Anglet pour réguler grâce à trois bassins de rétention les inondations récurrentes du ruisseau Maharin: le 24 janvier, le 8 février et le 25 février.

Bec-de-grue musqué (Erodium moschatum, Geraniaceae)

Une flore très attrayante et diversifiée y pousse. Il pourra être intéressant de la surveiller car je pense qu’elle va évoluer – à condition bien sûr que la tondeuse ne passe pas trop souvent. Ces travaux de modelage du paysage se sont achevés en octobre 2013 et il faut laisser le temps à la végétation de s’installer.

Le bec-de-grue musqué dans son environnement

Selon un article de Manex Goyhenetche publié en 1997 dans la revue Lapurdum, « Latxague serait issu du basque latsaga qui signifie « terrain de cours d’eau ». C’est autour du plateau de Latxague et Lohiate (devenu Châteauneuf, puis Refuge) que prend naissance le Maharin… Il suffit de se rendre près du moulin de Hausquette pour comprendre que sa signification est liée à la topographie et désigne en basque un « défilé », un « endroit étroit », éventuellement une « hauteur étroite ». »

Cette eau calme provient du champ au-dessus qui appartient aux sœurs du Refuge. Elle sinue dans la prairie marécageuse et se jette dans le Maharin qui coule en bordure du bosquet.

« Ce ruisseau était tellement encaissé qu’il prenait aussi le nom de « canal » que les riverains devaient entretenir. Le Maharin permettait d’acheminer biens et marchandises de l’Adour et du port de Hausquette (aujourd’hui Blancpignon) vers les hauteurs du Refuge et des Cinq-Cantons, et de là vers Biarritz ou les autres paroisses du Labourd. »

Lentilles d’eau

Ce passé paraît aujourd’hui bien étonnant. Il révèle surtout que tous les cours d’eau côtiers ont été considérablement modifiés, leur lit rectifié, souvent busé ou canalisé sur de longs tronçons, les berges artificialisées. J’imagine qu’ils étaient, comme l’Adour et la Nive, soumis au rythme des marées, et que les barques remontaient le courant portées par le flot, déchargeaient à l’étale et repartaient avec le jusant.

Cresson de fontaine

Certes, Anglet a vendu presque tous ses champs et ses prés pour y construire des habitations par milliers. Les ruisseaux et leurs barthes, berges inondables autrefois nourricières, alimentaient des cressonnières et des activités de maraîchage. Ils ont paru des obstacles à la transformation de la campagne en une ville moderne. Il en a été de même pour ces arbres qui autrefois ombrageaient les quelques rares routes.

Menthe aquatique

Pourtant, lorsque nous partons en vacances et visitons, en tant que touristes, certaines grandes villes pourtant modernes, nous ne pouvons nous empêcher d’apprécier les vieux arbres qu’elles ont su conserver le long de leurs avenues et dans les quartiers résidentiels, de même que les promenades le long de cours d’eau petits ou grands devenus un élément de charme paisible. Nous jouissons également de la vue sur des jardins particuliers qui contribuent autant qu’une belle architecture à la beauté d’une ville.

En aval du vallon de Latxague, un vieil aulne glutineux a été préservé.

Pourquoi densifier toujours plus la population, ériger des bâtiments sans laisser d’espaces verts alentour ? Ce que nous aimons ailleurs, pourquoi ne pas l’avoir chez nous ? L’architecture de ses bâtiments, contrairement à ses deux voisines Bayonne et Biarritz, n’est pas ce que l’on retient d’Anglet. Pourquoi ne pas mettre en valeur ce que nous avons de mieux ? Je pense à la nature bien sûr, quoique la frénésie actuelle de construire puisse faire paraître cette idée quelque peu anachronique et dépassée…

Le cours serpente parmi les noisetiers dont les longs chatons blonds paraissent en hiver, avant le débourrage et la pousse du feuillage.

Cet appel à témoigner par des photos que l’on regarde la nature sauvage, animale ou végétale, que l’on y prête attention, est une opportunité offerte aux habitants et à tous ceux qui fréquentent Anglet de protester contre cette tendance au bétonnage intensif. Plus il y aura de participants, plus il sera possible de faire entendre le message et, qui sait, de changer le cours des choses…

Les chatons de l’aulne sont plus courts que ceux des noisetiers, d’aspect plus rugueux et rapidement de couleur plus brune. On aperçoit à l’arrière-plan les strobiles: ce sont les fruits en forme de petit cône brun foncé qui contiennent de petites akènes ailées dispersées par le vent. Ils restent sur l’arbre toute l’année
Strobiles de l’aulne glutineux (25 février)

J’ai quitté le sentier piéton pour rejoindre en contrebas le ruisseau du Maharin. Alors que j’avançais précautionneusement sur les touffes d’herbe d’un bas-fond marécageux, j’ai fait halte pour photographier les chatons d’un noisetier. J’ai alors perçu un mouvement dans l’ombre: un chardonneret faisait sa toilette dans l’eau peu profonde, caché à l’abri d’un rempart de végétation dense. Il s’aspergeait et s’ébrouait, se remouillait en plongeant presque totalement son corps dans l’eau, puis il éclaboussait de nouveau les herbes de la berge. Cela dura un bon moment, mais je n’ai jamais pu faire le point, à cause des branchages entre lui et moi. C’était un bien joli spectacle à observer grâce à mes jumelles qui me l’ont rendu proche.

Bien sûr, dans cet environnement humide, il y a aussi le saule marsault, ici un pied femelle aux chatons moins fournis et d’aspect plus piquant. Leur couleur tend vers le vert, au contraire des chatons mâles plutôt jaunes.
Pour le plaisir, ces toiles d’araignée perlées de gouttelettes d’eau.
Ail à tige triquètre (Allium triquetrum) (25 février)

L’ail à tige triquètre (à trois angles) poussait en bordure du Maharin dans la partie relativement sauvage du parc nouvellement aménagé en aval de Latxague et inauguré en septembre 2016. Je l’avais pris pour de l’ail des ours. Françoise R. m’a expliqué que, sur ma photo, les fleurs sont penchées en ombelle et les feuilles autour sont effilées, alors que l’ail des ours a des feuilles légèrement ovales et des fleurs ont des tépales étalés et non en cloches. Elle a vu au marché de l’ail à tige triquètre vendu sous le nom d’ail des ours. Il est en tout début de floraison, et en avance cette année.

Sur un site j’apprends « qu’il existe 750 espèces d’aulx. De la famille des Liliacées, ils sont tous comestibles et faciles à reconnaître rien qu’à leur odeur d’ail, d’échalote, de ciboulette ou d’oignon. L’ail se ramasse aussi avec les narines. S’il n’est pas encore en fleur, l’ail des Ours par exemple, peut se confondre avec le muguet toxique. Reniflez-le comme un animal, en froissant la feuille ! L’odorat est une étape essentielle de la dégustation. »

Prunelier (Prunus spinosa), qui fleurit avant d’avoir des feuilles, contrairement à l’aubépine, parc du Maharin (25 février)

 » Chaque ail est une essence particulière, son terroir propre : l’ail des Ours, dans les sous-bois, l’ail des montagnes (Allium lusitanicum), le poireau des vignes… Ils ont en commun des terres où il y a peu d’air pour la vie bactérienne et où le potassium est bloqué. Une graine d’ail germe en compagnie de spores de champignons mycorhiziens qui se branchent sur ses racines pour les relier aux plantes voisines. Ce chaînon essentiel de la vie du sol va diffuser des composés sulfurés de l’ail, des allyl sulfides et des thiocyanates aux rosiers, aux tomates, aux pêchers, pour renforcer leurs défenses contre les champignons pathogènes. « 

Cette gelée verdâtre dans la petite mare du parc du Maharin ressemble fort à des amas d’œufs de batracien (des grenouilles ?) (25 février).
Latxague
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3 commentaires sur “Latxague

  • 8 mars 2019 à 21 h 26 min
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    Quelle merveille cet exposé avec tes photos toujours aussi précises, magnifiques.
    Et ces merveilles se trouvent à Anglet !
    Merci beaucoup !

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  • 10 mars 2019 à 20 h 48 min
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    Merci Cathy nous avons apprécié la promenade et tes explications toujours aussi claires.

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  • 14 mars 2019 à 23 h 44 min
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    merci beaucoup Cathy pour ces superbes photos et commentaires!
    Chantal

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