Un ver plat invasif au jardin


Plathelminthe Obama nungara
Un ver plat au dos noir et luisant

Aujourd’hui, aux Terrasses, Sonia a fait une découverte curieuse en déplaçant le gros pot de fleur où pousse un laurier sauce. Il y avait des bêtes qui faisaient penser à des limaces au corps aplati. Bizarrement, l’animal en s’allongeant pour se déplacer lentement montrait deux extrémités pointues, sans antennes ni bouche apparentes. Après une enquête minutieuse sur la Toile, il semble malheureusement certain qu’il s’agit d’un ver plat appelé Plathelminthe Obama nungara. Sur le site du scientifique Jean-Lou Justine, du Muséum national d’histoire naturelle, voici la description qui est faite de ces invasifs.

Obama nungara

Généralement, un Plathelminthe terrestre est allongé, plat, d’aspect lisse, un peu gluant. Pas de pattes, pas d’anneaux, pas d’yeux visibles, pas de bouche visible. Il ne bouge pas vite. Il y a une dizaine d’espèces qui ne se ressemblent pas beaucoup.

Les confusions sont possibles avec ces animaux, mais aucun n’est plat comme un Plathelminthe:

  • des limaces (les limaces ont des cornes, et elles ne sont pas plates)
  • des vers de terre (les vers de terre ont des anneaux)
  • des chenilles (les chenilles ont des pattes)
  • des sangsues (c’est rare! et les sangsues sont aquatiques et ont des ventouses)
  • des iules (les iules ont des dizaines de petites pattes)
  • des orvets (les orvets sont grands, ils ont des yeux, une bouche, des écailles, et ils bougent vite)
Obama nungara: un plathelminthe très lymphatique
Il n’arrive pas à se retourner

Les deux individus trouvés dans le jardin correspondent à la description du plathelminthe Obama nungara (Carbayo et al., 2016). Il appartient à la famille des Geoplanidae. Il est originaire du Brésil, d’où son nom issu de la langue indienne Tupi: « oba« , qui signifie feuille, et « ma » qui signifie animal, en raison de sa forme aplatie. Sa couleur dorsale va du marron clair à presque noir. Sa reproduction est sexuée, avec production de cocons de ponte, qui sont de petites boules de 4-5 mm. C’est l’espèce la plus souvent trouvée en France, dans 45 départements en septembre 2014. Il sort la nuit. Son régime alimentaire est composé de vers de terre.

L’orifice d’ingestion-excrétion se situe au milieu de la face ventrale

Ce ver plat est souvent présent dans les conteneurs achetés en jardineries, où il trouve des conditions optimales de température et d’hygrométrie. Il résiste parfaitement au transport, se reproduit à un rythme très rapide, ne rencontre pas chez nous de prédateur ni de parasite… Une parfaite espèce invasive. Seul un épisode de grand froid pourrait probablement freiner sa propagation, compte tenu des origines tropicales de cet envahisseur.

La « tête » est la partie effilée à gauche de l’image.

Que faire, si on en trouve ? Voici les indications de Jean-Lou Justine, le scientifique du Muséum national d’histoire naturelle. « D’abord, bien vérifier que c’est un Plathelminthe invasif terrestre: comparer avec les photos des espèces sur ce site. Ensuite, noter l’endroit (votre jardin? ailleurs? dans la terre? sous un pot de fleurs?). Faire des photos de près. Pensez à placer un objet pour montrer les dimensions: un mètre-ruban, du papier quadrillé, ou une pièce de monnaie. Pensez aussi à la lumière – votre photo sera meilleure si l’animal est bien éclairé. Un « truc »: souvent, votre appareil fera une meilleure photo si le ver est sur fond sombre (mais bien éclairé). »

« Vous pouvez ensuite envoyer l’information par deux voies, au choix:

(1) Le plus facile: sur le site des espèces exotiques envahissantes du Muséum National d’Histoire Naturelle. Allez directement au formulaire: cliquer ici et entrez les renseignements et la photo du ver. Pour les Plathelminthes, vous avez actuellement le choix entre plusieurs espèces (classées à « Ver plat »). Si vous ne trouvez pas votre espèce, vous pouvez tout de même utiliser le dernier choix « Autre taxon ».

(2) Plus compliqué: par email. Si vous avez des excellentes photos faites avec un bon appareil, utilisez plutôt cette voie. »

Plathelminthe Obama nungara

Sous ce même pot, il y avait des millepattes (qui couraient trop vite, j’ai raté la photo, ils sont tout flous) et une limace originale. Il semblerait que ce soit une limace léopard (Limax maximus L. 1758). J’avais vu une vidéo sur l’accouplement spectaculaire de cette espèce: après une cour très longue durant laquelle elles s’encerclent et se « lèchent » mutuellement, les deux limaces grimpent à un arbre (ou n’importe quel support élevé), puis se suspendent à un fil de bave, leurs pénis s’allongent et s’entortillent au ralenti, tandis qu’elles tournent lentement, dans un ballet très esthétique. – Les limaces sont hermaphrodites, donc à la fois mâle et femelle. Elles se fécondent mutuellement et pondent des centaines d’œufs. – Comme les autres limaces, la limace léopard se nourrit de champignons et de feuilles abîmées, mais elle ne dédaigne pas de manger des animaux morts (les limaces sont un peu « anthropophages » sur les bords…).


Limace léopard (Limax maximus L. 1758)

Pour aider le professeur Jean-Lou Justine et le muséum national d’histoire naturelle, un témoignage de cette découverte de ver plat invasif au Jardin des étoiles a été envoyé le 19 février avec une sélection de photos. Dès le lendemain, il a confirmé l’identification de l’espèce qui est bien un plathelminthe Obama nungara. L’information sera ajoutée aux données du MNHN et permettra de cartographier la présence de cette espèce. Les photos ont été déposées sur Twitter. Il a également donné les liens suivants:
Lien 1Lien 2Lien 3Lien 4Lien 5Lien 6
Des nouvelles au jour le jour sur Twitter.

Un ver plat invasif au jardin
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