Trottoirs fleuris

Violette odorante (photographiée le 18 mars, allée des Cèdres, par Karine Delage, service Communication, mairie Anglet)

Quelle tristesse de cheminer entre murs et chaussée à la circulation bruyante et nauséabonde ! Pourtant, depuis quelques temps, la nature sauvage s’invite, plutôt timide, à peine tolérée, souvent extirpée, arrachée, ébouillantée, que sais-je ! Depuis que les herbicides ne sont plus utilisés par les municipalités, les graines germent ici ou là, apportées par le vent, le ruissellement de la pluie, les animaux…

Une bordure de violettes odorantes

En me rendant à pied au marché Quintaou le 10 mars dernier, j’ai découvert le long du trottoir de l’allée du Chanoine Casaubieilh un alignement de violettes odorantes. Colonisant habituellement les prés, les bois et les haies, on la trouve en milieu naturel (et même dans mon jardin à l’herbe volontairement non tondue) en association avec les fraisiers des bois et les noisetiers. Au Moyen-Age, elle était considérée comme une plante aphrodisiaque qui, mêlée à la lavande, était cousue dans les oreillers pour prédisposer à l’amour grâce à ses effluves sensuelles… Ses feuilles sont encore utilisées en parfumerie, elles sont également comestibles et dotées de propriétés médicinales. J’espère qu’aucune binette ne viendra les ôter de leur étroit refuge !

Cymbalaire des murs
Zoom sur la minuscule fleur de la Cymbalaire des murs

A l’angle d’un portail, la Cymbalaire des murs s’élève et s’étale, profitant du micro-climat de cet abri citadin. Son surnom Ruine-de-Rome témoigne de son origine méditerranéenne et de son attrait pour les environnements rocheux, de préférence calcaires, et, à défaut, les murs de nos villes. L’espèce a été propagée dans toute l’Europe en raison de ses propriétés médicinales pour soigner notamment les affections de la gale et du scorbut. Les fourmis contribuent à sa pollinisation (à défaut, la plante se débrouille toute seule et s’autopollinise). Quant à la dissémination de ses graines, elle dispose d’un mécanisme dont l’ouverture se déclenche brutalement, projetant celles-ci au loin pour mieux favoriser leur propagation.


Ses feuilles circulaires ou réniformes, lobées, luisantes, charnues et comestibles sont légèrement concaves, ce qui lui vaut son nom Cymbalaria, c’est à dire la « nacelle » ou la « barque » en latin.
Les fleurs s’orientent vers le soleil jusqu’à leur fécondation (phototropisme positif), pour ensuite se détourner de la lumière (phototropisme négatif)! Ainsi, le pédoncule se courbe en retournant la fleur vers le mur, afin que les graines (contenues dans des capsules glabres et globuleuses) soient déposées dans une fissure proche.
Séneçon commun
Fumeterre officinale

Poursuivant mon chemin le long de l’allée, je découvre les fleurs discrètes d’un Séneçon commun et de la Fumeterre officinale. Comme son nom l’indique, cette dernière a également des vertus thérapeutiques connues depuis longtemps. Elle contient des alcaloïdes dont le principal est la fumarine, ainsi que des sels de potassium, des flavonoïdes et des tanins. A forte dose, son ingestion peut s’avérer toxique.

Consoude tubéreuse

Sur le chemin du retour, je rends visite aux Lathrées clandestines de l’allée Saint-Victor dont les fleurs se sont désormais largement épanouies, et je découvre à quelques mètres, sur la même berge mieux préservée du ruisseau, quelques pieds de Consoude tubéreuse. Je descends de façon un peu acrobatique sur les enrochements qui soutiennent la piste cyclable pour m’en approcher et mieux la photographier. Plante mellifère et nectarifère, ses feuilles sont comestibles et peuvent être consommées en salade après passage à l’eau bouillante ; les racines ne sont en revanche pas consommables. Comme la Consoude officinale, elle a des propriétés médicinales. Elle s’en différencie par son faible développement et sa résistance à la sécheresse. On la rencontre dans les régions méridionales jusqu’en Corse.

Tiges fertiles de la Prêle des champs

Sur la rive opposée poussent des prêles. Apparues au Dévonien (-408 à -355 millions d’années), elles ont atteint une diversité très importante au Carbonifère. A cette époque, ce végétal pouvait atteindre plus de 10 mètres de hauteur… Particulièrement bien adapté à la vie terrestre, le groupe des ptéridophytes dont elles font partie, tout comme les fougères, a constitué, grâce au développement de formes arborescentes, d’immenses forêts dont la fossilisation est à l’origine des gisements de charbon.

Les tiges appelées « Queue-de-renard » sont stériles. La photo ci-dessus montre des tiges fertiles comportant un épi terminal oblong constitué de sporangiophores (structure portant des sporanges) qui produisent des spores vertes. C’est une plante de zone humide qui contient jusqu’à 70% de silice sous forme soluble dans ses tissus. Elle a de nombreuses propriétés médicinales, pour les humains comme pour les plantes, mais sa consommation excessive peut être fatale au bétail, notamment aux chevaux.

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