BAB 2050 – Climat

Dans le cadre de son projet « BAB 2050 – Carnet de voyage d’anticipation« , Libre Cueillette invitera des peintres à représenter les trois villes de Bayonne, Anglet, Biarritz « plus vertes » d’ici trente ans. Cela implique de réfléchir au changement climatique en cours. La végétation sera-t-elle identique à celle d’aujourd’hui ? Pourquoi préconiser davantage de végétation ? Pour embellir ? Pour protéger du vent, de la chaleur, de l’eau ? Conserverons-nous le même mode de vie ? Avec le réchauffement des océans et la fonte des glaces terrestres, la hausse du niveau de la mer se poursuivra. Ces trois villes côtières garderont-elles l’intégralité de leur territoire actuel ou bien devront-elles céder sous la pression marine et se retrouver amputées ? Dans cette perspective, quels quartiers seront affectés ? Pour tenter de répondre à ces questions (et à d’autres), j’ai effectué des recherches documentaires auprès de sources d’origine majoritairement gouvernementales et scientifiques.

Conférence à Cantau

Cette étude a fort intéressé trois enseignantes de géographie du lycée Cantau d’Anglet, car ce thème (le changement climatique) est au programme des classes de spécialité en Terminale. Aménagée en conférence sous forme de diaporama commenté suivi d’un débat, elle a beaucoup plu aux élèves qui ont applaudi à l’issue de l’exposé (fait le 18 décembre 2020) et montré leur vif intérêt en posant ensuite de nombreuses questions.

ANNEXE 4 – Quels paysages demain ? Conséquences locales du réchauffement climatique

SOMMAIRE

Partie 1: Conséquences locales du changement climatique

  • 1. Trop chaud !
  • 2. Trop d’inondations !
  • 3. Trop salé !
  • 4. Trop froid ?
  • 5. Trop soif !
  • 6. Moins d’électricité ?

Partie 2: Quels paysages en 2050 ?

  • 1. Végétation et changement climatique
  • 2. Le pouvoir des villes
  • 3. La faute aux bébés ?

PARTIE 1. Conséquences locales du changement climatique

1.1. Trop chaud !

Évolution des températures à la station Biarritz-Anglet

Depuis 1850, on constate une tendance claire au réchauffement planétaire, dont la courbe s’infléchit même à la hausse depuis quelques décennies. Il s’explique, en partie, par les activités humaines et les rejets dans l’atmosphère de gaz à effet de serre qu’elles induisent. Par exemple, selon le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), il semble que la concentration de dioxyde de carbone CO2 ait augmenté de 31% depuis 1750. Ce taux est sans équivalent depuis les 20 000 dernières années, c’est-à-dire depuis le dernier maximum glaciaire würmien ! Parallèlement la concentration de méthane (CH4) a augmenté de 150% au cours de la même période, tandis que l’oxyde d’azote (N2O) a augmenté de 17%, et la hausse de leur concentration se poursuit. Au XXe siècle, la température moyenne de l’atmosphère du globe a augmenté d’environ 0,6 °C et celle de la France métropolitaine de plus de 1°C. Néanmoins, l’augmentation n’a pas été régulière, elle a été plus rapide durant les périodes 1910-1945 et 1976-2000. Cette hausse des températures a eu un effet sur l’évaporation, ce qui a conduit à une augmentation des précipitations d’environ 0,5 à 1% par décennie pour l’hémisphère nord. Le schéma ci-dessus illustre parfaitement les étés pourris qui étaient monnaie courante lors de ma jeunesse: non seulement il faisait très souvent frais, mais en plus il pleuvait très fréquemment. Je me souviens que nous plaignions régulièrement les touristes attirés par nos plages et qui traînaient lamentablement en ville ou sur les routes, ne sachant que faire de leurs journées.

Incendie de Chiberta le 31 juillet à Anglet

Il était alors inimaginable que nous puissions pâtir un jour de la canicule et que la forêt de Chiberta brûlât dans un incendie dévastateur comme cela s’est produit cet été 2020 à Anglet ! Désormais, les seules questions qui se posent, ce sont la vitesse, les modalités et l’ampleur du phénomène de réchauffement climatique au niveau global et local. Les scientifiques modélisent sur informatique en choisissant différentes hypothèses et de nombreux paramètres afin de calculer les effets qui en résulteraient. En France, ces éléments de réflexion apparaissent dans le Rapport Jouzel.

Rapport Jouzel (2014) – Différentes projections climatiques pour la France

Publié par Météo France, le volume 4 du rapport « Le climat de la France au 21e siècle » intitulé « Scénarios régionalisés édition 2014 » présente les scénarios de changement climatique en France jusqu’en 2100. En métropole dans un horizon proche (2021-2050), il prévoit :

  • une hausse des températures moyennes entre 0,6 et 1,3°C (plus forte dans le Sud-Est en été),
  • une augmentation du nombre de jours de vagues de chaleur en été, en particulier dans les régions du quart Sud-Est,
  • une diminution du nombre de jours anormalement froids en hiver sur l’ensemble de la France métropolitaine, en particulier dans les régions du quart Nord-Est.
Écarts de températures par rapport à la normale lors de la canicule estivale de 2003 sur l’Europe occidentale.

Avec une surmortalité de 15 000 décès, la vague de chaleur qu’a connue la France en août 2003 est révélatrice des ravages que peut provoquer une canicule. Aux alentours de 2050, nous pourrions vivre un “été 2003” tous les deux ans ! Quand je pense que, depuis des décennies, les gens choisissaient la côte d’Azur et le pourtour méditerranéen pour couler des jours heureux pendant leur retraite et que l’attraction touristique de la combinaison « mer, soleil et ciel bleu » y atteignait des sommets, la vue de ces cartes permet d’imaginer une meilleure attractivité (qui s’amorce déjà me semble-t-il) de la façade atlantique, autant pour le tourisme que pour les retraités. Cet afflux de population, véritable migration interne, aura très certainement un impact non négligeable à prendre en compte.

1.2. Trop d’inondations !

1.2.1. Par transgression marine

1.2.1.1. Hausse du niveau de la mer

En 2050, avec la hausse du niveau marin, inondation des barthes et recul côtier (en rouge) (Carte de Coastal Climate Central)

Sur le site Coastal Climate Central, il est possible de voir simulée au niveau mondial la transgression marine engendrée par l’élévation du niveau de la mer à l’horizon 2050 et de faire un zoom sur Anglet-Bayonne-Biarritz. Figurent ainsi en rouge les zones qui pourraient devenir inondées de manière permanente ou temporaire, selon un scénario pessimiste d’émissions de gaz à effet de serre. Cette carte n’émane pas d’un site officiel comme le GIEC, mais d’un groupement privé américain constitué de scientifiques et de journalistes. Elle a sans doute été réalisée grâce à des algorithmes moulinant des données satellitaires, sans tenir compte de spécificités locales comme les deux digues qui prolongent l’estuaire de l’Adour, les épis qui contiennent vaille que vaille le sable des plages d’Anglet ou encore les courants côtiers induits par ces ouvrages d’art.

Hausse du niveau de la mer selon plusieurs scénarios (GIEC et Météo France)

Cette carte me paraît toutefois intéressante, car elle montre que la côte ne serait pas la seule à être affectée par la hausse du niveau de la mer. La marée, qui se fait déjà sentir jusqu’à Urt dans l’Adour et Villefranque dans la Nive, remonterait sans doute plus haut. Par ailleurs, la mer pourrait avoir une expansion bien supérieure, inondant les barthes et berges basses de tout le réseau fluvial côtier jusque loin à l’intérieur des terres. Anglet, et surtout Bayonne, seraient particulièrement exposées, tandis que Biarritz, sur son socle rocheux, serait moins impactée en dehors des plages et de leurs zones basses limitrophes.

Celsa France (anciennement ADA, Aciérie de l’Atlantique), Port de Bayonne

Le problème de ces transgressions marines pourrait être aggravé par la présence en zone submersible d’installations polluantes comme CELSA France (anciennement ADA, Aciéries de l’Atlantique) à Tarnos et Maïsica au Boucau, toutes deux situées dans le port de Bayonne sur la rive droite de l’embouchure de l’Adour (Cf. le rapport de la DREAL Aquitaine sur les risques d’inondation – Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement). Bien sûr, ces simulations ne tiennent pas compte non plus d’éventuelles mesures de protection qui pourraient être prises, à l’instar de Saint Jean de Luz et d’Hendaye – et des Néerlandais -, en construisant des digues et des canaux pour se prémunir (à grand frais) de cette intrusion marine.

Le vent dans et autour des dépressions et anticyclones – Au niveau de la mer, la pression normale est de 1013,25 hPa (hecto Pascal) ou mb (millibar).

1.2.1.2. Tempêtes et sédiments

a) Tempêtes

A la hausse du niveau de la mer risque de s’ajouter une augmentation de la fréquence des vents violents et surtout des tempêtes. Sous nos latitudes « tempérées », les tempêtes se produisent majoritairement durant la saison hivernale. Comme ces vents de tempête sont associés dans l’imagination collective à des événements exceptionnels, ils n’ont été que peu étudiés jusqu’à présent en dépit de leurs effets destructeurs considérables. Produit par les différences de pression entre les masses d’air, le vent souffle toujours des zones de hautes pressions (anticyclones) vers celles de plus basses pressions atmosphériques (dépressions), aussi bien à l’échelle planétaire que locale.

Étape 1 de la vie d’une dépression: l’existence d’un tourbillon d’altitude – flèche rouge: lieu de formation du 2e tourbillon près du sol – flèche pointillée noire : sens de déplacement parallèle au Jet stream (tube bleu) (source Météo France)

Une tempête se compose de deux tourbillons, un en altitude et l’autre, plus à l’est, en surface. En premier lieu, un tourbillon se forme en altitude (Étape 1). Lorsqu’il rencontre le Jet Stream (courant-jet), il se renforce et entraîne la formation d’une dépression en surface qui se déplace en coordination avec le Jet Stream.

Le Jet Stream entraîne la dépression le long d’un « rail ».

« L’explosion en tempête » se produit lorsque la dépression passe du côté chaud (jaune foncé) au côté froid (vert pâle) du rail (Étape 3). Son air chaud et léger est littéralement aspiré vers le haut, et la dépression se vide brusquement, la pression chutant soudainement. Ce « vide d’air » provoque une accélération violente des vents. Leur vitesse est d’autant plus grande que le contraste thermique est important. Si la tempête se produit en mer, elle durera davantage que sur terre où les frottements l’affaiblissent plus rapidement.

Étape 2, la dépression se forme du côté chaud du rail (source Météo France)

Les tempêtes de l’Atlantique nord se suivent en moyenne au rythme d’une par jour en hiver. La France n’est touchée que par les tempêtes qui dévient du rail habituel. Le « lit perturbé » a toujours pour origine la région de Terre-Neuve. Mais le rail peut prendre deux types de tracé, selon que l’on est en situation d’hiver froid et sec ou, à l’inverse, en situation d’hiver doux et humide (Oscillation Nord-Atlantique). La première correspond à l’extension sur toute l’Europe de l’anticyclone de Sibérie. Les tempêtes empruntent un chemin très au nord-ouest de l’Irlande. La France est épargnée. La seconde entraîne un rail à cheval sur le 50e parallèle. La Grande-Bretagne et la Manche sont alors frappées de plein fouet par les tempêtes.

Étape 3: la dépression glisse vers le côté froid du rail et explose en tempête (source Météo France)

L’Europe, et en particulier sa façade atlantique, bénéficie de températures très douces, notamment en hiver, comparativement à d’autres régions du globe situées aux mêmes latitudes (USA, Canada, Japon, Chine…). Quatre facteurs en sont responsables. 1) Le 45e parallèle Nord traverse la France à la hauteur de Bordeaux, à égale distance de l’équateur et du pôle. L’équilibre thermique global est rendu possible par des transferts atmosphériques de chaleur des basses latitudes vers les hautes. 2) Elle doit également la douceur de ses températures à la présence de la dérive nord-Atlantique qui prolonge le Gulf Stream, ce courant qui transporte les eaux chaudes du Golfe du Mexique vers le Nord. 3) Un troisième phénomène contribue à adoucir nos températures: l’océan libère progressivement en hiver la chaleur accumulée durant l’été. 4) Enfin, un quatrième facteur provient de la circulation atmosphérique aux latitudes moyennes. La présence des Montagnes Rocheuses en Amérique du Nord induit des ondes stationnaires de l’atmosphère au-dessus de l’Atlantique, avec une circulation de Sud-Ouest sur l’Europe occidentale, et donc d’un air relativement chaud.

Le vent en Europe

Ainsi, les tempêtes apparaissent comme un phénomène naturel et nécessaire à l’équilibre thermique de la planète. Elles assurent la redistribution d’un excédent d’énergie thermique de la zone tropicale vers des zones en déficit à de plus hautes latitudes. Si les tempêtes sont plus nombreuses en saison froide, c’est à cause de l’absence d’énergie solaire au pôle dont le refroidissement accroît le gradient (écart) thermique avec les basses latitudes, ce qui implique davantage de transfert d’énergie. Au total, les tempêtes concourent à la douceur des hivers de l’Europe du Nord-Ouest et au caractère venteux de son climat.

Indice des tempêtes 1881-1995 (Valeurs moyennes pour les Iles britanniques, la mer du Nord et la mer de Norvège)

Selon des études sur les tempêtes en Europe du Nord-Ouest depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours (1875-1995), la seule des 8 stations météorologiques entre 40°N et 70°N qui ait enregistré une augmentation de la fréquence des tempêtes est celle de Valentia au sud-ouest de l’Irlande. Toutefois, en moyenne, certaines études indiquent qu’il se produit une augmentation de la fréquence des tempêtes depuis les années 1970. Mais selon l’indice des tempêtes figuré ci-dessus, le niveau de fréquence des tempêtes de la fin du XXe siècle serait comparable à celui de la fin du XIXe, une baisse s’étant produite jusqu’aux années 1960, suivie d’une remontée. Il semble qu’il y ait une corrélation positive entre les cycles de tâches solaires et le nombre de jours de grand vent par année. – L’activité solaire varie selon un cycle d’une durée moyenne de 11,2 ans, soit entre 8 et 15 ans –

Le rail des tempêtes dans une atmosphère contenant deux fois plus de CO2 (simulation)

Depuis peu, il est devenu possible de modéliser les tempêtes extra-tropicales. Avec la réduction du gradient thermique entre le pôle et l’équateur induite par le renforcement de l’effet de serre, les dépressions risquent d’être moins creusées. La vitesse du vent ne semble pas devoir varier beaucoup. En revanche, sur toute la façade atlantique française, l’augmentation de la vitesse du vent risque d’être nettement plus sensible. On remarque sur le schéma ci-dessous que le Golfe de Gascogne serait particulièrement impacté dans l’hypothèse d’un doublement du taux de CO2 dans l’atmosphère.

Avec un doublement du taux de CO2 dans l’atmosphère, intensification des tempêtes dans le Golfe de Gascogne.

b) Sédiments

La hausse du niveau de la mer accroîtra l’érosion des côtes. Ce phénomène sera aggravé par le déficit de sédiments induit par les activités humaines. Le recul se manifeste déjà le long de la majeure partie des côtes européennes qui se retrouvent fragilisées. Ces sédiments sont, d’une part, retenus par les barrages qui entravent le flux naturel des cours d’eau, et d’autre part, prélevés dans le lit et sur les berges des cours d’eau. Le bassin de l’Adour ne fait pas exception. Jusqu’en 1993, gravières et sablières alimentaient librement la forte demande dans le bâtiment et le réseau routier. Mais dès les années 1980, la dégradation accélérée des rivières a conduit à une réglementation progressive de l’extraction de cette ressource qui s’avère non renouvelable.

Extractions en lit mineur (avant 1993) (Aquadour)

Depuis la fin du XIXe siècle, le littoral angloy recule insidieusement chaque hiver, les plus grosses tempêtes marquant les esprits par des dégradations spectaculaires. Initiés en 1893 à l’embouchure de l’Adour, les premiers dragages ont rapidement été complétés par le dragage du sable de la plage de la Barre. Alors qu’en 1884 la terre gagnait sur l’océan au rythme de 3 mètres par an, les premiers effets de l’érosion sont apparus dès 1924, date à laquelle une tempête hivernale emporta le premier établissement de bain de la Chambre d’Amour avec le mur qui longeait la plage. Entre le 15 décembre 1931 et le 15 mars 1954, l’examen des délimitations du domaine maritime montre une érosion des plages angloyes de 50 à 75 mètres, soit un recul côtier de 3 mètres par an.

Anciennes piscines de la Chambre d’Amour et du Club détruites par les tempêtes (Anglet)
Ressources et production en granulats (Aquadour)

A partir de 1960, les volumes de sable dragués à l’entrée de l’Adour augmentent sensiblement et des extractions industrielles de sable se produisent au nord et au sud de l’embouchure. De nouvelles dégradations à la Chambre d’Amour s’opèrent lors des tempêtes hivernales de 1961 et 1963. Des blocs d’ophite, extrêmement denses et solides, sont alors pour la première fois extraits d’une carrière pyrénéenne et transportés sur la côte angloye pour la protéger.

Carte issue des archives du service hydrographique de la marine consacrée aux entrées de l’Adour, d’auteur inconnu, du tout début du 18e siècle (origine BNF) (sosla)

La construction de la grande digue du Boucau, initiée en 1963, s’achève en 1966. Pourtant, J.J.A. Bouquet de La Grye, célèbre ingénieur hydrographe des côtes françaises, dans un rapport pour le ministre de la Marine, s’interrogeait un siècle plus tôt, en 1861, sur les travaux de la Barre de l’Adour: « Les aménagements de l’embouchure du fleuve stopperont-ils l’ensablement et l’avancée de la terre sur la mer liés à l’arrivée massive du sable du nord vers le sud ? » Sa conclusion est « évidemment non ! » et il ajoute que « le pis d’arriver serait de rajouter quelques mètres tous les vingt ans aux digues de l’embouchure! »

Carte du littoral angloy de Bernard Saint-Jours datée de 1890. (Archive BNF) (sosla)

Effectivement, on constate qu’il faut désormais draguer deux fois plus de sable pour libérer le chenal d’accès au port, tandis que la plage du Club continue de se désensabler de façon catastrophique, provoquant cette même année 1966 la chute du mur du second établissement de bain avec piscine construit en 1928. En Novembre 1969, une nouvelle tempête emporte le sable de la plage de Marinella qui baisse de 3 mètres et sape le mur de soutènement devant l’hôtel. Lors des tempêtes de novembre 1972, une nouvelle érosion massive touche le littoral angloy. Les plages reculent par dizaines de mètres et le mur de soutien, d’une longueur de 1350 mètres, est détruit sur 720 mètres. La situation devient critique pour l’hôtel Marinella qui risque de basculer à tout moment. Sa protection de blocs d’ophite est financée par l’État en février 1973, mais le mur de soutien qui longe les plages des Sables d’Or aux Corsaires est abandonné.

Embouchure de l’Adour dans les années 1980 (fléchage sosla)

Le 18 Novembre 1974, le tribunal administratif de Pau prononce la condamnation de l’État, propriétaire des infrastructures portuaires, pour sa part de responsabilité dans l’érosion des plages d’Anglet, suite à la construction de la digue nord et au dragage du sable à l’entrée de l’Adour. Après l’avertissement de Victor Mendiboure (ancien maire d’Anglet) adressé à l’État, des mesures sont envisagées par les services maritimes: arrêt des extractions littorales, mise en place d’un clapage côtier systématique et construction de plusieurs épis pour empêcher le sable angloy de glisser vers l’entrée de l’Adour.

Anglet, plage du VVF (sosla)

En 1979, la nouvelle vague de consolidation des épis en blocs d’ophite pour protéger le mur de soutien est accompagnée d’un rechargement des plages situées entre les digues avec 70 000 mètres cubes de gravier et 140 000 mètres cube de sable grossier extraits de la plage de Tarnos. Au début des années 1990, le pourcentage des sables dragués à l’embouchure de l’Adour et ramenés devant les plages est en constante baisse par rapport à la fin des années 70. Au début des années 2000, les petits fonds devant les plages d’Anglet s’effondrent à nouveau (baïnes). Les musoirs des digues des Sables d’or et de Marinella disparaîtront successivement en 2008 et 2009. A l’entrée de l’hiver 2013-2014, le littoral angloy a perdu plus de 5 millions de mètres cube de sable depuis le début des années 2000, en liaison avec la problématique du dragage de l’embouchure de l’Adour. En Mars 2014, la tempête Christine provoque de nouvelles dégradations du mur de soutien…


Anglet, plage de la Chambre d’Amour (sosla)

1.2.2. Par débordement des cours d’eau

Une carte de la DREAL Midi Pyrénées où les submersions marines coïncident globalement avec la carte précédente de Coastal Climate Central

Sur cette carte publiée par la DREAL Midi Pyrénées (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement), les zones d’immersion marine (en turquoise) coïncident globalement avec celles (en rouge) de la carte de Coastal Climate Central affichée plus haut. Mieux encore, elle recense les zones à risque d’inondation d’eau douce (en bleu foncé) dont les causes peuvent être multiples. A Bayonne, les inondations correspondent souvent à la concordance dans le temps de très fortes précipitations qui gonflent le flux des cours d’eau (surtout la Nive) avec la marée haute ou une tempête qui entrave l’écoulement vers la mer. Un document de l’Institution Adour souligne en outre que l’occurrence de ces inondations est étroitement liée à l’aménagement du territoire. L’artificialisation des sols et des cours d’eau, la disparition des haies de bocage en général, sont autant de facteurs qui favorisent un ruissellement rapide de l’eau vers les rivières et augmentent ainsi le risque d’inondation.

TRI Côtier Basque – Débordement de cours d’eau – Bayonne (SAGE)

Une série de cartes plus détaillées ont été établies par l’Institution Adour (Établissement public territorial de bassin) dans le cadre du Schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) Adour Aval. En application de la directive européenne de 2007 relative à l’évaluation et à la gestion du risque d’inondation, les territoires à risque d’inondation (TRI) fluviale et submersion marine de la côte basque et de Dax ont été repérés. Les cartographies ont été établies pour des évènements fréquents (période de retour entre 10 et 30 ans), moyens (100 et 300 ans) et rares (1000 ans). Toutefois, précisent les auteurs du rapport, les méthodologies pour la modélisation des risques de submersion et d’inondation étaient différentes. Ainsi, les cartes du risque d’inondations fluviales d’une part et du risque de submersion marine d’autre part ont été présentées séparément. De plus, les méthodologies utilisées ne permettaient pas de croiser les deux risques (inondation et submersion) dans l’estuaire de l’Adour, ce qui ne reflète pas nécessairement la réalité des évènements connus sur le territoire. Enfin, le risque de submersion marine dans l’estuaire de l’Adour est inexistant, selon la méthodologie et le modèle employés. – Par conséquent, les risques ont sans doute été sous-estimés dans ces simulations, ce qui explique les différences avec les cartes de la DREAL Midi Pyrénées et de Coastal Climate Central… –

TRI Côtier Basque – submersion marine – Anglet, Boucau (SAGE)

Il est également fort probable que le phénomène d’accroissement du risque d’inondation et de submersion généré par la concordance d’événements maritimes (marée haute, tempête) et fluviaux (accroissement des flux et des débits par fortes précipitations) ne pourra que s’accroître avec d’une part la montée du niveau de la mer et d’autre part le glissement de notre climat océanique vers un climat de type méditerranéen caractérisé par des pluies plus intenses et plus concentrées sur de courtes périodes de l’année. Comme sur le pourtour méditerranéen, la fragilisation de la végétation par de plus longues périodes de sécheresse et de canicule estivale accroîtra les phénomènes de ruissellement et d’érosion des sols, augmentant le risque d’inondations brutales.

Pays Bas: le plan Delta

En Europe, les Pays-Bas ont depuis des siècles une politique d’extension de leur territoire sur le milieu marin et fluvial par la construction de digues et de canaux. A cet égard, ils sont davantage exposés aux caprices des éléments aquatiques et leur longue expérience nous montre les limites de la lutte contre les éléments naturels. En Sud Hollande où se trouve Rotterdam, l’inondation consécutive à l’ouragan du 31 janvier 1953 provoqua de grandes brèches dans les digues de protection marine, avec pour conséquences le décès de 1 836 personnes, l’évacuation de 72 000 autres, la mort de 200 000 têtes de bétail, la destruction de 3 000 maisons et 300 fermes, et l’endommagement de 40 000 maisons et 3 000 fermes. Pour y remédier, le pays promulgua la Loi Delta du 8 mars 1958 afin de lancer tout un programme de construction de grands barrages. En 1993 et 1995, de nouvelles inondations eurent lieu, qui ne firent certes aucune victime, mais occasionnèrent d’énormes dégâts matériels. Cette fois-ci l’eau ne venait pas de la mer, mais de l’arrière-pays. En 1995, gonflés par les eaux de fonte des neiges alpines et de fortes pluies, le Rhin et la Meuse sortirent de leur lit et plus de 250 000 personnes durent être évacuées. Immédiatement après cette catastrophe fut mis au point le plan Delta des grands fleuves, qui prévoit de leur redonner plus d’espace pour épancher leurs eaux et de rehausser de nombreuses digues.

Marais salants de Guérande (Loire atlantique)

1.3. Trop salé !

1.3.1. Eau côtière moins potable

L’article où figure la carte de Coastal Climate Central, paru sur le site « Notre Planète Info », est inquiétant: l’élévation du niveau marin s’accélère. Elle est due à la hausse de la température marine (qui provoque une dilatation thermique de la masse d’eau) et à la fonte des glaces continentales. Elle a pour effet d’accentuer l’érosion littorale, rendant plus vulnérables aux tempêtes les populations et infrastructures côtières. En outre, l’incursion de la mer à l’intérieur des terres engendrera la salinisation des sols qui deviendront impropres aux cultures. Elle aura aussi un impact sur les nappes phréatiques côtières.


Station de pompage pour pallier les inondations récurrentes autour du lac de Chiberta et assurer l’irrigation du golf de Chiberta (Anglet, 2017)

L’eau potable qui alimente Biarritz et Anglet est principalement extraite de la Nive à la station de pompage d’Ustaritz. Un complément est extrait de six captages situés à Anglet (à la Barre et aux Pontôts), par forage dans la nappe phréatique de l’Adour. Ils fournissent 400 000 m3 par an, soit environ 15 % de l’eau consommée à Anglet chaque année. L’eau sert principalement en renfort d’alimentation pendant la période estivale. Compte tenu de la proximité de la nappe océanique, ces captages nécessitent une surveillance régulière et les volumes prélevés restent stables afin d’éviter toute intrusion saline principalement au niveau de la nappe de la Barre. Ainsi, les prélèvements d’eau chez les particuliers disposant de forages pour l’arrosage des jardins, souvent non répertoriés, les forages du Golf de Chiberta et ceux de la commune pour l’arrosage des espaces verts littoraux devraient faire l’objet d’une surveillance car ils sont potentiellement concurrents de la ressource disponible et pourraient influer sur le déplacement du front de salinité. La commune a donc mis en place un suivi de la nappe (mesures régulières de niveaux d’eau et de qualité, principalement en période d’étiage).

Le golf de Chiberta: un parcours sur les dunes irrigué par pompage dans la nappe phréatique sous-jacente (Anglet).

Ces diverses sources d’approvisionnement (Nive et nappes phréatiques côtières) risquent d’être menacées à terme de salinisation. Elles deviendraient impropres à la consommation humaine et à l’irrigation. Par contre, celles de Bayonne, situées plus en altitude, seraient moins impactées par la hausse du niveau de la mer: les sources du Laxia (140 m à 25 km de distance) et de l’Ursuya (110 m à 22 km de distance), marginalement complétées (2%) par la Nive. – L’inquiétude reflétée dans le Schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) ne se rapporte pas au risque de salinisation, mais plutôt à l’accroissement futur de la population. Ce dernier nécessitera une meilleure interconnexion entre les différents réseaux d’approvisionnement en eau en cas de problème éventuel sur une source d’approvisionnement et la prospection de nouvelles sources pour compléter l’approvisionnement en période de pointe estivale.

En France, la salinisation des sols et des nappes phréatiques est déjà à l’œuvre dans l’Hérault, vers l’embouchure de l’Orb.

1.3.2. Sols côtiers moins fertiles

En France, le phénomène de salinisation se produit déjà depuis quelques années à l’est de Béziers dans l’Hérault, sur la commune de Sérignan où l’Orb se jette dans la Méditerranée. Il engendre la mort des ceps de vigne et des céréales. Cause imputée: la baisse de la pluviométrie, qui rend les eaux de l’Orb et de la nappe phréatique de plus en plus chargées en sel pendant une période de l’année de plus en plus longue. Trois solutions cumulatives sont préconisées : (1) continuer à inonder les parcelles pour les lessiver (en saison pluvieuse), (2) bien entretenir les fossés et drainages pour évacuer l’eau salée et (3) limiter les remontées de la mer dans l’Orb, grâce à un seuil à construire dans l’embouchure (petit barrage déversant). Toutefois, un tel barrage anti-marée (et anti-tempête) présenterait l’inconvénient de bloquer l’évacuation d’eau douce lors de fortes pluies en amont et de provoquer des inondations d’autant plus préjudiciables que la présence humaine est forte le long du fleuve.

(a) Hausse de la mer non uniforme (en mètres) – (b) Impact différent sur l’amplitude des marées selon les lieux (en mètres) (BRGM)

1.4. Trop froid ?

1.4.1. Marée et climat

Le schéma (a) ci-dessus, élaboré par des scientifiques du BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) et de l’Ifremer (Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer), montre que la hausse moyenne du niveau de la mer de 0,50 mètre (jaune) en 2100 – qui se produirait dans une hypothèse moyennement optimiste – ne serait pas uniforme: au fond du golfe de Gascogne par exemple, celle-ci serait de 0,70 mètre (rouge). L’impact sur l’amplitude des marées – schéma (b) – serait également différent selon les lieux: elle serait légèrement plus grande dans le golfe de Gascogne (orange), jusqu’à +0,05 mètre.

Estimation de la différence de température de l’air en surface en juillet entre le Dryas Récent et la période qui l’a précédé directement (il y a 13.000 ans) montrant le refroidissement marqué sur l’Europe (Figure tirée de Renssen et la. 2015)

En 2019, j’ai effectué une recherche sur le lien entre les marées et le climat où je faisais référence notamment au « Petit âge glaciaire » qui a sévi en Europe du XIVe au XIXe siècle. Un effet pernicieux du réchauffement climatique très difficile à modéliser est l’impact qu’il peut avoir sur les marées océaniques. Celles-ci dépendent de multiples facteurs, l’attraction lunaire, la forme des fonds marins et des côtes, l’espace dont elles disposent pour la propagation de l’onde… La fonte massive des glaciers terrestres aux alentours du cercle arctique (Groenland, Islande, Scandinavie, Nord Canada…) et le déversement de toute cette eau douce dans l’océan Atlantique pourrait induire un moindre impact d’une des composantes de la marée dont le rôle est d’impulser la circulation thermohaline, plus connue chez nous sous le nom de Gulfstream.

La fonte de glaciers d’eau douce (photo du Groenland) contribue à la hausse du niveau de la mer et pourrait impacter la circulation thermohaline (Gulfstream)

C’est l’arrêt de cette circulation, combiné à d’autres facteurs, qui aurait plongé l’Europe dans un climat glaciaire en l’espace d’à peine quelques décennies à l’époque du Dryas récent (il y a 12 900 ans). La situation est différente aujourd’hui puisque l’actuel réchauffement climatique, très rapide, est induit par les activités humaines. Les scientifiques poursuivent intensément leurs études des climats du passé pour mieux modéliser l’évolution possible du climat et sa ventilation selon les régions du monde. Ils ne peuvent pas encore se prononcer sur l’éventualité d’une plongée de l’Europe dans un climat glaciaire, conséquence paradoxale du réchauffement climatique, et encore moins sur une quelconque échéance.

1.5. Trop soif !

1.5.1. Moins de neige dans les Pyrénées

Évolution de l’enneigement hivernal
(Ministère de la transition écologique – DRIAS Les futurs du climat)

On le sait bien: dans notre région, les hivers sont moins rigoureux, même en montagne, et les étés plus chauds. Déjà, dans les années 1970, nous ne savions jamais si nous trouverions suffisamment de neige dans les stations pyrénéennes pour skier, les chutes étant très aléatoires à Noël, la neige un peu plus garantie en février et extrêmement lourde et à moitié fondue aux vacances de Pâques. Quant aux randonneurs en haute montagne, ils constatent depuis longtemps la disparition progressive et de plus en plus accélérée des glaciers pyrénéens. Ce phénomène va encore s’accentuer dans les prochaines décennies. Or, les Pyrénées ont une importance fondamentale pour les ressources en eau des territoires de part et d’autre de la chaîne, car c’est là que se produit une partie très importante des débits de surface et des eaux souterraines qui sont utilisées en aval dans les bassins de l’Èbre, de l’Adour, de la Garonne et de petits fleuves côtiers comme la Nivelle ou la Bidassoa au Pays basque.

Prévision de baisse des ressources printanières en eau
(Ministère de la transition écologique – DRIAS Les futurs du climat)

Ci-dessus, les quatre graphiques de prévisions d’enneigement pour la période 2041-2070 sont extraits d’un site de Météo-France qui élabore les données scientifiques permettant d’appréhender les changements climatiques. Ces informations sont rendues accessibles aux citoyens grâce à l’application Climat-HD, climat d’hier et de demain. Pour l’analyse du futur, Climat-HD s’appuie sur des projections climatiques issues du projet EUROCORDEX, corrigé sur la France par l’Institut Pierre Simon Laplace. Cette approche multi-modèles envisage un éventail d’évolutions possibles pour le climat futur. Trois scénarios représentatifs d’évolution des concentrations de gaz à effet de serre, d’ozone et de précurseurs des aérosols (scénarios RCP) ont été considérés :

  • RCP 8.5, scénario sans politique climatique.
  • RCP 4.5, scénario avec politiques climatiques visant à stabiliser les concentrations en CO2 en 2100.
  • RCP 2.6, scénario avec politiques climatiques visant à faire baisser les concentrations en CO2.

Ainsi, on constate en comparant les deux premiers schémas ci-dessus (en dégradés de bleu) que la hauteur de neige à 1800 m serait nettement moindre sur toute la chaîne des Pyrénées au cours de la période 2041-2070 par rapport à la période de référence 1976-2005, et ce, dans l’hypothèse RCP 4.5 d’un scénario raisonnablement optimiste comportant des politiques climatiques (mondiales) visant à stabiliser les concentrations en CO2 en 2100. Les deux schémas suivants (en dégradés de rose) montrent d’une part que l’épaisseur de neige à 1800 m aurait jusqu’à 40 centimètres de moins d’épaisseur (jusqu’à 80 cm de moins dans les Pyrénées orientales) en moyenne hivernale. D’autre part, l’anomalie du maximum d’équivalent en eau du manteau neigeux pour la même période serait de -150 mm pour les Pyrénées centrales, mais irait jusqu’à -300 mm dans les Pyrénées occidentales et orientales.

1.5.2. Moins d’eau dans les rivières

OPCC: Bilan hydrologique mensuel typique d’un bassin de climat méditerranéen, avec indication des entrées par précipitation (P), les sorties par évapotranspiration (E), le débit de surface (Q) et la recharge (R). Unités : l m-2. Source : adaptation de Beguería et al., 20

Depuis son lancement en 2010 sous la présidence de la région Midi-Pyrénées, l’Observatoire Pyrénéen du Changement Climatique (OPCC) de la Communauté de Travail des Pyrénées (CTP) analyse la vulnérabilité au changement climatique de la région pyrénéenne au niveau social, économique et naturel, à travers des méthodologies coopératives transfrontalières. En 2018, conformément à la ligne de travail de l’Observatoire, la CTP a préparé un rapport de mise à jour de la connaissance sur les impacts du changement climatique dans le territoire pyrénéen.

Réseau hydrographique du Sud-Ouest, Garonne, Dordogne, Adour

Les scénarios futurs pour les ressources en eau des Pyrénées projettent des réductions de la quantité totale des ressources disponibles, notamment sous forme d’écoulements de surface, qui peuvent atteindre diverses magnitudes selon les études. En outre, on s’attend aussi à des changements importants des régimes mensuels des débits, avec une augmentation des débits d’hiver et une baisse des pics de printemps en raison d’une fusion nivale plus précoce, ainsi que des étiages plus sévères et prolongés. Le rapport Acclimaterra montre une diminution de 25 à 30% du débit moyen annuel de la Garonne à son embouchure pour la période 1959-2010, mais, à cette échelle de travail, il est difficile d’isoler l’influence des changements des usages de l’eau qui ont également varié au cours de la même période.

Évolution de la nappe phréatique de l’Adour (Lafitole, au nord de Tarbes, Hautes Pyrénées)

Pour l’Adour, l’évolution des débits à prévoir est similaire à celle de la Garonne (renforcement de l’intensité et de la durée des étiages), ce qui nécessitera aussi des décisions à prendre sur les usages agricoles en vue de l’élaboration d’une gestion plus rigoureuse de la consommation d’eau.

En clair, cela signifie que l’irrigation du maïs ne serait plus possible à terme, l’eau étant prioritairement réservée à la production d’eau potable pour la population dont le volume s’accroît fortement en période estivale avec le tourisme. Installé sur le port de Bayonne depuis 1963, le GIE Maïsica est spécialisé dans le stockage, séchage et chargement à l’exportation du maïs et autres céréales à paille pour le compte de ses adhérents, les plus importantes coopératives du sud-ouest de la France : Euralis, Maïsadour, Lur Berri, Vivadour… Le silo a réceptionné jusqu’à 1 300 000 tonnes de maïs en 1988 et assure aujourd’hui une activité moyenne de 500 000 tonnes par an. Maïsica a ainsi représenté jusqu’à 35 % de l’activité du port, classé 9ème port de France. C’est dire l’impact économique de cette culture et la nécessité d’envisager dès aujourd’hui une reconversion du secteur… –

Maïsica, port de Bayonne

Ce ne sera peut-être pas le cas des gaves pyrénéens qui voient leurs débits hivernaux plus perturbés par les effets du changement climatique que par leurs débits de période d’étiages: les phénomènes de crues risquent de s’intensifier en hiver. A l’horizon 2050, il est prévu des risques renforcés de crues pyrénéennes violentes (type octobre 2012) sur le piémont pyrénéen, en hiver et au printemps, compte tenu d’un manteau neigeux plus instable en hiver, et, en été et en automne, un risque accentué de crues localisées de type méditerranéen, compte tenu d’épisodes de précipitations orageuses, malgré des étiages accentués.

Intempéries, inondations sur la commune de Nay le 20 Octobre 2012. Le gave de Pau se déchaîne et sort de son lit: 2 morts, 2500 personnes évacuées, pèlerinage de Lourdes suspendu. (photo S-O)

1.5.3. Des sources et des aquifères plus vulnérables

Les changements climatiques auront des répercussions directes sur les ressources en eau souterraine. La modification de certains facteurs climatiques et hydrologiques tels que les régimes de pluie, la température, les phénomènes d’évaporation et d’infiltration engendreront certainement une modification du fonctionnement de certains systèmes hydrogéologiques, en particulier celui des systèmes libres. Mais les effets induits des changements climatiques pourraient s’avérer être tout aussi conséquents et concerner l’ensemble des aquifères (libres et captifs).

Principaux types d’aquifère

Ces impacts indirects se traduiront par une augmentation des pressions anthropiques sur les eaux souterraines causées par exemple par :

  • l’augmentation des volumes prélevés pour la consommation domestique, particulièrement pendant les événements extrêmes tels que les épisodes de sécheresse qui pourraient être de plus en plus fréquents dans le futur ;
  • l’augmentation des volumes prélevés pour l’irrigation afin de limiter le stress hydrique des cultures en périodes estivales (en considérant un maintien des pratiques agricoles actuelles) ;
  • l’augmentation des prélèvements dans le compartiment souterrain induite par la diminution des ressources disponibles en surface, notamment en période d’étiage.
Estuaire de l’Adour, érosion des terres arables du bassin versant par fortes pluies et pollution par les eaux usées (photo Reporterre).

1.5.4. Attention, pollution !

La qualité des eaux des rivières, entendue comme la concentration de différents composés naturellement présents ou artificiels, dépend des différentes sources de pollution mais aussi du débit. Les contaminants peuvent provenir soit de sources diffuses (par exemple les écoulements de résidus agricoles ou d’élevage), soit ponctuelles (rejets d’eaux insuffisamment traitées). Mais c’est le débit qui est le principal moteur du changement dans les paramètres du métabolisme de la communauté biologique et des paramètres physico-chimiques de l’eau, en particulier pour de petites échelles temporelles et spatiales comme c’est le cas dans les rivières de montagne. D’un côté, les sécheresses et les périodes d’étiage plus longues ont un effet direct en réduisant le facteur de dilution des polluants qui arrivent aux rivières, donnant lieu à une augmentation de la concentration de polluants et par conséquent à une détérioration de la qualité de l’eau.

Grande Plage de Biarritz, 17 janvier 2018, mousse engendrée par les polluants rejetés dans les cours d’eau (lessives, savons, pesticides, détergents, résidus médicamenteux) – Même phénomène après la tempête Amélie les 2-3 novembre 2019.

D’un autre côté, bien que pouvant limiter la présence des polluants dans l’eau par dilution, les inondations peuvent favoriser leur transmission à partir des bassins fortement peuplés (sources diffuses) et peuvent aussi remobiliser les polluants retenus dans les sédiments. Le reste des facteurs qui influent sur la dynamique des flux de substances polluantes dérive des activités humaines (réservoirs, barrages, mini-centrales, prélèvements d’eau, etc.) qui toutes sont très présentes dans les rivières pyrénéennes.

Les mousses (ou plutôt l’écume) sont aussi le résultat de la floculation de la matière organique apportée par les rivières. C’est un phénomène ancien comme le prouve cette photo de Biarritz prise dans les années 1930. (Précision apportée par Pierre Mauriaud, géologue) – J’en déduis qu’en un siècle, la qualité de nos eaux de baignade ne s’est pas améliorée d’un iota ! –

La carence de débits sur certains tronçons peut être particulièrement grave lorsque ceux-ci reçoivent les effluents des stations d’épuration des eaux usées. Un autre facteur de risque est au contraire l’absence de tout traitement dans de nombreux centres de population des Pyrénées. Il ne faut pas non plus négliger la potentielle élévation de la température de l’eau résultant de l’augmentation de la température moyenne de l’air. Par exemple, l’augmentation de la température rend la communauté biologique (algues) plus sensible à la présence de mercure. Autre exemple, alors qu’une augmentation des solides en suspension due aux inondations réduirait la toxicité des métaux lourds, les variations de qualité du matériau dissous, comme le carbone organique, pourraient accroître la toxicité. Dans une étude de l’année 1998, on constatait déjà que pour les cours d’eau des Pyrénées orientales, la période de meilleure qualité de l’eau était celle des plus hauts débits en raison de la fusion de la neige, alors que les pires valeurs s’observaient en septembre.

Centrale nucléaire de Golfech sur la Garonne

1.6. Moins d’électricité ?

Selon la SFEN (Société française d’énergie nucléaire), la température de l’eau extérieure pour refroidir le réacteur n’a pas de conséquence sur le plan de la sûreté si la centrale a été dimensionnée en intégrant ces contraintes environnementales et climatiques dès sa conception. Si en France un arrêté est publié pour l’arrêt de tel ou tel réacteur, c’est pour éviter un impact sur la flore et la faune aquatiques locales, du fait que l’eau qui ressort de la centrale est plus chaude en aval qu’en amont, ou parce que le débit de la rivière par exemple devient insuffisant.

Principe de fonctionnement d’une centrale nucléaire avec aéroréfrigérant

En 2019, EDF a été contraint d’arrêter les deux réacteurs de la centrale de Golfech (Tarn-et-Garonne), pour des raisons environnementales : la température de la Garonne, dans laquelle est puisée l’eau qui alimente les générateurs de vapeur des réacteurs, dépassait le seuil réglementaire de 28°C. Et il fallait éviter que l’eau du circuit de refroidissement, habituellement rejetée dans le fleuve, ne réchauffe encore plus le cours d’eau au risque de menacer la faune et la flore. Avec des pointes à plus de 40°C dans la vallée du Rhône, EDF s’apprêtait à arrêter pour les mêmes raisons le réacteur numéro 4 et à baisser la puissance du réacteur numéro 3 de la centrale du Tricastin (Drôme). Les centrales de Saint-Alban (Isère) et du Blayais (Gironde) ont également dû réduire leur puissance de fonctionnement et plusieurs autres centrales d’importance étaient sous surveillance, comme celle du Bugey sur le Rhône. Toutefois, si des températures supérieures à 45°C venaient à sévir pendant plusieurs jours (« référentiel grand chaud »), il faudrait arrêter la plupart des réacteurs installés au fil de l’eau. Avec le réchauffement climatique, il est vraisemblable que ces centrales devront à terme s’arrêter chaque été.

Palmeraie d’Elche au sud d’Alicante (Espagne) :
une idée de diversification agricole future pour le Pays basque ?

Toutefois, depuis le premier épisode caniculaire de 2003, EDF prend des mesures pour adapter le fonctionnement des centrales en France: les performances des échangeurs thermiques refroidissant l’eau des systèmes de sûreté à l’aide de l’eau de la source froide ont été augmentées, des climatiseurs autonomes ont été installés, des batteries froides ont été ajoutées sur certains systèmes de ventilation, etc. L’article stipule aussi que 99 % de la quantité d’eau prélevée par une centrale nucléaire dans l’environnement est restituée, soit en totalité pour celle qui est en circuit ouvert (centrales normandes fonctionnant à l’eau de mer), soit pour 1/3, sous forme de vapeur d’eau, par les tours aéroréfrigérantes et pour 2/3 sous forme liquide dans la rivière ou la mer. – Je note que le deuxième système peut donc poser problème si la rivière en question subit déjà un étiage prononcé en amont de la centrale, qui serait aggravé en aval par la ponction d’une partie de son eau. –

Source: SDES (service gouvernemental de la donnée et des études statistiques)

L’article de la SFEN (Société française d’énergie nucléaire) ajoute que, lors de vagues de canicule, toutes les énergies sont conduites à réduire leur production ou à voir leur production plus ou moins perturbée. C’est vrai en particulier pour l’hydroélectricité, impactée par les périodes de grande sécheresse. Elle contribue à hauteur de 8 % à la production énergétique en France. L’éolien (5%) peut aussi être touché ; une période caniculaire ou de grande chaleur est souvent liée à la présence d’un anticyclone et donc marquée par une absence de vent. Quant à l’énergie solaire (1%), bien que les panneaux photovoltaïques profitent de l’ensoleillement, ils peuvent aussi souffrir de la chaleur. Au-dessus de 25°C – température idéale de fonctionnement -, leur rendement faiblit (jusqu’à -25 %).

Source: SDES (service gouvernemental de la donnée et des études statistiques)

Sachant tout cela, la comparaison entre les deux graphiques ci-dessus du SDES (service gouvernemental de la donnée et des études statistiques) vaut mieux qu’un long discours. La production française d’énergie primaire couvre à peine un peu plus de la moitié de sa consommation. Si le changement climatique rend difficile, voire impossible durant l’été, la production d’énergie primaire et que l’importation de gaz et de pétrole diminue ou disparaît pour diverses raisons envisageables, y compris la contribution de l’exploitation de ces sources énergétiques fossiles au réchauffement climatique, cela signifie que notre économie basée sur des énergies fossiles, nucléaires ou renouvelables risque d’être sérieusement mise à mal dans un avenir plus ou moins proche.

L’ajonc d’Europe, indicateur d’un climat de type océanique

PARTIE 2. Quel paysage en 2050 ?

2.1. Végétation et changement climatique

2.1.1. L’ajonc, emblème du climat océanique doux et pluvieux

La végétation reflète le climat. Par exemple, l’ajonc d’Europe (Ulex europaeus L.) très répandu au Pays basque, aussi bien en plaine qu’en montagne, est une plante révélatrice d’un régime océanique bien marqué pour les températures maximales moyennes et pour les précipitations. C’est un indicateur de températures maximales moyennes supérieures durant l’hiver, ce qui montre une certaine douceur des températures diurnes en hiver. Il est aussi très indicateur de températures minimales supérieures pendant presque toute l’année, montrant la douceur des températures nocturnes. Il est indicateur d’un nombre de jours de pluie supérieur pendant presque toute l’année, ce qui exprime la régularité des précipitations en climat océanique.

Évolution de l’aire potentielle du hêtre (Source : Carbofor Badeau et al., 2005)

2.1.2. Les arbres souffrent, mais soignent aussi

On constate d’ores et déjà les premiers effets du dérèglement climatique sur les peuplements forestiers : modification des aires naturelles de répartition des essences, augmentation de la fréquence des tempêtes, sécheresses, dépérissements… Dans le Sud-Ouest, on constate la mortalité de chênes, de frênes et de lilas, espèces plus sensibles aux épisodes de sécheresse qu’à la canicule. Ainsi, le changement climatique impacte la forêt, mais l’inverse est également vrai, les arbres peuvent atténuer l’effet de serre. Leur capacité de séquestration et de stockage du carbone en fait des atouts précieux. Toutefois, le reboisement n’est qu’une action parmi d’autres, parmi lesquelles, en tout premier lieu, il faut comprendre la réduction drastique d’émission de gaz à effet de serre au plan mondial.

Évolution de l’aire potentielle du Chêne vert (Source : Carbofor Badeau et al., 2005)

La forêt et le bois interviennent sur 3 leviers dans le cycle du carbone :

  • la séquestration, c’est-à-dire le pouvoir des arbres à absorber le carbone par la photosynthèse ;
  • le stockage, soit la capacité à garder ce carbone. Un arbre sur pied ou transformé (valorisé par exemple dans la construction ou le mobilier) renferme un stock à moyen-long terme de carbone. La charpente de la cathédrale de Notre-Dame de Paris a par exemple stocké du carbone pendant 800 ans ;
  • la substitution : le bois est une ressource naturelle et renouvelable qui peut, pour certains usages, être utilisé à la place de matériaux ou de sources énergétiques plus énergivores ou d’origine fossile comme le plastique, l’aluminium, l’acier ou le pétrole. Lorsque l’on utilise un matériau ou une ressource énergétique plus économe en émissions de carbone par « substitution » à d’autres matériaux ou énergie, on parle d’émissions évitées.
2019: 182 heures d’ensoleillement en février, plus de 21 °C pendant au moins 8 jours, 28 °C à Saint Palais le 27 février (26°7 à Saint Jean Pied de Port, 25°5 à Bayonne, Anglet et Biarritz ce même jour). Beaucoup d’arbres étaient en fleurs, les pâquerettes, primevères et autres narcisses s’épanouissaient, ce qui a eu pour conséquence de sortir les abeilles de leur léthargie hivernale.

2.1.3. Une croissance plus précoce

Ces changements (élévation de température, diminution des précipitations ou leur concentration en période hivernale) correspondent à un glissement du climat océanique du Pays basque vers un climat de type méditerranéen. Ils induiront une période de croissance de la végétation plus précoce et plus longue dans l’année et augmenteront le stress sur la végétation, entraînant une évapotranspiration plus élevée, qui affectera à son tour les autres composants du bilan hydrologique (ruissellement de surface et recharge des eaux souterraines). D’ores et déjà observée au cours des dernières décennies du XXe siècle, l’expansion des forêts et garrigues se poursuivra, comme conséquence de l’abandon des activités agricoles et d’élevage.

Les arbres têtards: une réimplantation souhaitable en montagne

2.1.4. Les Pyrénées : un château d’eau à améliorer

Pour relever les défis du changement climatique, il faut prendre conscience que les zones de tête de bassin (les montagnes) génèrent la plus grande partie des ressources en eau utilisées en aval dans les plaines et les régions côtières en déficit d’eau et à haute densité de population. Par conséquent, sur les portions de montagne entièrement recouvertes de forêt, un éclaircissage pourra améliorer l’infiltration des eaux souterraines et l’écoulement de surface, augmentant ainsi la production d’eau « bleue » (eau captée pour les usages domestiques et agricoles) à l’échelle du bassin tout en permettant d’optimiser la productivité de l’eau « verte » forestière. – Selon moi, le Pays basque étant au contraire peu boisé, avec une intense pratique de l’élevage en estives et le débroussaillage par écobuage, un reboisement serait plus approprié. Un espacement des arbres taillés en « têtards » à l’ancienne limiterait naturellement le sous-bois tout en laissant passer suffisamment de lumière pour la pousse de l’herbe et un maintien raisonné du pâturage (de façon à ne pas polluer les sources et cours d’eau). –

L’olivier à la place du maïs ?

2.1.5. Huile d’olive « made in Pays basque » ?

La diminution de la durée des gelées et l’augmentation des températures moyennes pourraient favoriser l’expansion de cultures peu courantes dans les marges pyrénéennes, telles que les cultures méditerranéennes ou d’origine subtropicale. Par ailleurs, les cultures sans irrigation pourraient subir une réduction de leur aire de distribution potentielle, restreinte en raison d’une plus grande variabilité du régime pluviométrique et de l’augmentation des températures moyennes et extrêmes. La modification des conditions climatiques entraînera très probablement le déplacement des zones potentiellement favorables à la bonne croissance de certaines cultures (réduction de la culture du maïs, augmentation de celle de la vigne ou de l’olivier).

Estimation du déficit hydrique observé (à gauche) et projeté (à droite) pour la culture du maïs selon le modèle climatique de circulation globale MIROC. Les simulations ont été réalisées en utilisant le modèle agro-climatique WOFOST pour le scénario d’émissions RCP 8.5. La couleur rouge indique une augmentation du déficit hydrique et la couleur bleue indique une réduction du déficit. Les zones où la demande en eau des cultures dépasse régulièrement la disponibilité en eau sont hachurées sur la carte. Source : JRC, 2016.

2.1.6. Baisse des rendements des cultures

Le changement climatique a des effets positifs et négatifs sur les rendements des cultures. Les effets positifs les plus importants sont l’effet fertilisant du dioxyde de carbone (CO2) atmosphérique (favorisant la photosynthèse) et l’allongement de la saison de croissance. Les impacts négatifs les plus importants (observés et attendus) sont les changements de la phénologie des cultures, l’augmentation des déficits en eau et le risque accru de dommages causés par les phénomènes météorologiques extrêmes. Par exemple, il est prévu que les vendanges de part et d’autre de la chaîne pyrénéenne seront avancées de 30 ± 10 jours et 40 ± 10 jours en 2040-70 par rapport à la période 1980-2005.

Baisse de rendement de la vigne causée par un stress hydrique sévère

En général, un cycle végétatif accéléré se traduit par un plus faible rendement des cultures, car il implique une utilisation moins efficace de l’énergie thermique, du rayonnement solaire et des ressources en eau disponibles. Durant la saison de culture 2004/2005, on a estimé que la production de céréales dans la péninsule ibérique avait chuté en moyenne d’environ 40% par rapport à la moyenne d’autres années (GIEC, 2014) en raison d’un déficit hydrique.

Le potager de santé – Conservatoire de la tomate de Pascal Poot

2.1.7. Régime sobriété pour les plantes

Une autre option pour s’adapter au changement climatique serait de suivre la voie engagée dans les Cévennes sèches par Pascal Poot à Olmet-et-Villecun (Hérault), près du lac de Salagou au nord de Béziers. Avec Rachel sa compagne, il cultive aujourd’hui 7 à 10 hectares en moyenne pour collecter des semences potagères. Il travaille à l’amélioration de la génétique de ses variétés de population dans des conditions de culture spécifiques: sécheresse, pas d’irrigation, un ou deux arrosages de la plantation à la récolte l’été. Ces plantes sont également adaptées à la baisse des températures, à l’humidité avec les pluies de fin de saison, et elles deviennent résistantes aux maladies de façon naturelle. Il travaille de façon artisanale et en agriculture biologique avec ses propres animaux (équins, caprins, bovins, ovins) qui lui permettent d’élaborer ses propres composts pour nourrir les terrains. Son fer de lance est constitué d’un large éventail de tomates anciennes, mais il cultive bien d’autres espèces, y compris le maïs, dans les mêmes conditions spartiates d’absence d’arrosage et d’irrigation.

Le mouvement des villes en transition

2.2. Le pouvoir des villes

2.2.1. Des états impuissants ?

Cette curieuse année 2020 aura été révélatrice au moins d’une chose. Quand ils le veulent, les gouvernements mondiaux, qu’ils soient démocratiques ou pas, sont parfaitement capables de bloquer leur économie nationale, de paralyser la société et de prendre des mesures d’exception en usant de la peur, des moyens réglementaires et coercitifs avec des forces policières dirigées à l’encontre de leurs propres populations civiles, hors de tout contexte de guerre et de délinquance. Les médias et les réseaux sociaux, au lieu d’exercer un salutaire esprit critique, n’ont fait que donner de l’expansion au mouvement, attiser les peurs et jeter le trouble parmi les gens.

Si pareil événement est possible en prenant prétexte de la dangerosité d’un virus, cela devrait être d’autant plus faisable pour réduire notre empreinte carbone et moins contribuer au réchauffement climatique, autrement plus dommageable. Mais… ce n’est malheureusement pas le cas. Comme on a pu le voir plus haut, depuis des décennies, il y a pléthore d’informations, les études s’affinent sans cesse, mais elles se substituent à l’action, la volonté politique fait défaut, les mesures prises sont infimes, tardives. Les populations ne sont que très peu associées à la réflexion de fond sur un changement de société et de mode de vie, pourtant incontournable. Alors, que faire ?

2.2.2. Villes en transition

Le mouvement de Transition est né en Grande-Bretagne en 2006 dans la petite ville de Totnes. L’enseignant en permaculture Rob Hopkins avait testé le modèle avec ses étudiants dans la ville de Kinsale en Irlande un an auparavant. Il y a aujourd’hui plus de 2 000 initiatives de Transition à travers le monde, dans 50 pays, dont 150 en France, réunies au sein du réseau International de la Transition.Il s’agit d’inciter les citoyens d’un territoire (bourg, quartier d’une ville, village…), à prendre conscience, d’une part, des profondes conséquences que vont avoir sur nos vies la convergence du pic du pétrole et du changement du climat et, d’autre part, de la nécessité de s’y préparer concrètement.

2.2.3. Agir pour sécuriser l’alimentation

25 grandes aires urbaines en Nouvelle Aquitaine

2.2.3.1 Une pénurie artificielle

La carte de l’Insee ci-dessus montre qu’une grande partie de la population du Pays basque-Sud Landes est urbaine, vit sur la côte ou à proximité. Elle compte environ 175 000 habitants dont le comportement pèse lourdement sur leur environnement. L’affolement induit par l’annonce du confinement en mars 2020 a généré un réflexe d’achats frénétiques, créant une pénurie artificielle de produits de base, notamment sur le plan alimentaire. Elle a mis en exergue l’extrême fragilité des villes dont l’approvisionnement dépend de ressources lointaines.

Production de blé panifiable au Pays basque

2.2.3.2 Acheter et consommer « local »

Pour y remédier, l’ensemble des citadins pourraient, simplement en modifiant leurs achats et en se tournant davantage vers les produits locaux, inciter les agriculteurs de la périphérie à abandonner (au moins partiellement) des cultures destinées à l’exportation et/ou l’alimentation animale et opter pour des cultures vivrières destinées aux humains: maraîchage, vergers, blé panifiable, etc. Le recours massif aux circuits courts d’approvisionnement, et par conséquent à la consommation majoritaire de fruits et légumes de saison, permettrait en outre de réduire une fraction du transport routier à longue distance et amener ainsi à une moindre contribution des citadins au réchauffement climatique.

Réduire le bilan carbone individuel

Chaque municipalité pourrait accélérer la tendance en encourageant la restauration collective (cantines, hôpitaux et cliniques, etc.), de même que les restaurants, snacks et ventes à emporter à recourir à un approvisionnement local – et, tant qu’à faire, bio -. Des initiatives apparaissent ici et là qu’il suffirait de généraliser. Par exemple, la municipalité de Bayonne a proposé récemment à cinq reprises un repas bio et local dans les cantines, en collaboration avec le restaurant solidaire Eole, sensibilisant ainsi 4000 élèves. A Biarritz, quelques expérimentations apparaissent également.

A l’instar du mouvement des « Incredible Edible » (Incroyables Comestibles) de Todmorden en Angleterre, mouvement dont s’inspire l’association Libre Cueillette, les citadins qui le souhaitent pourraient se voir accordé un « permis de végétaliser » les lieux publics (selon des modalités prévues par la municipalité). Parallèlement, les espaces privés encore verts (jardins, parcs de résidences) pourraient être davantage convertis en potagers et vergers. Certes, ces petites surfaces ne sauraient nourrir une ville entière, mais elles apporteraient leur contribution à la sécurisation alimentaire et une sensibilisation bienvenue à l’autosuffisance et au partage.

Réduire le bilan carbone individuel

2.2.4. Consommation et mode de vie

2.2.4.1. Qui est responsable ?

Plus généralement, une véritable réflexion sur la consommation est indispensable. A ce sujet, je recommande la lecture d’un article dont je vais résumer la teneur ci-dessous: « Consommation et modes de vie : une autre perspective sur les politiques d’atténuation du changement climatique », rédigé par Ghislain Dubois et Jean-Paul Ceron et publié dans Natures Sciences Sociétés en 2015.

A qui faire porter le chapeau de la responsabilité des émissions de gaz à effet de serre ? Aux états producteurs ? Aux états fournisseurs de pétrole et de gaz ? Aux consommateurs ? En 2005, les émissions du seul CO2 (dioxyde de carbone) induites par l’activité économique sur le territoire français ont été de 410 millions de tonnes, soit 6,7 tonnes par an et par habitant. Mais les émissions de CO2 générées pour satisfaire la demande finale intérieure française (les consommateurs) ont été de 545 millions de tonnes, soit 9 tonnes par an et par habitant, dont 40 % étaient dues à nos importations.

2.2.4.2. Ventilation par activité

Ex. La demande finale en construction induit 49 millions de tonnes de CO2, dont 27 émises par l’appareil de production domestique et 22 émises à l’étranger via les importations de produits utilisés pour répondre à cette demande finale. (Cairn)

Le schéma ci-dessus présente la ventilation des émissions par activités et usages. Sur les 410 millions de tonnes de CO2 émises sur le territoire français en 2005, 130 étaient constituées par les émissions directes des ménages issues, pour part sensiblement égale, des carburants des transports et du fioul et du gaz destinés au chauffage des habitations. Environ 280 millions de tonnes étaient émises par la production de biens et de services, dont les deux tiers liés à la demande finale intérieure et un tiers aux exportations. Le dioxyde de carbone (CO2) n’est pas le seul gaz à effet de serre. Il faut y ajouter le méthane (CH4) et le protoxyde d’azote (N2O), ce qui induit une augmentation d’un tiers des émissions par tête.

Réduire le bilan carbone individuel

2.2.4.3. Agir pour réduire notre empreinte carbone

Ni la technologie ni l’adaptation au fil de l’eau des entreprises ne permettront d’atteindre 65 à 80 % de réduction des émissions mondiales préconisées par le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) pour rester dans la limite des +2 °C d’augmentation de la température terrestre. Des adaptations des modes de consommation – sinon des renoncements – seront nécessaires, ainsi que le préconise Pierre Rabhi dans son livre « Vers la sobriété heureuse » . Le philosophe Hans Jonas défend l’idée que notre éthique devrait désormais porter sur les conséquences de nos actions (« une moindre consommation pour anticiper l’épuisement futur des ressources de notre planète ») et sur notre responsabilité à l’égard des générations futures, en préconisant un développement durable.

Pour la France, si l’on veut atteindre un facteur 4 en 2050 (soit 75 % de réduction), le droit à émettre est de 1,675 tonnes par an et par habitant ; reformulé en termes de demande finale (base 9 tonnes par an et par habitant), c’est en fait une réduction de 81,4 % qu’il faudrait réaliser ! – Cinq ans après la publication de cet article, la loi a déjà rectifié le tir et mentionne le facteur 6 et plus puisque entre temps les émissions de gaz à effet de serre ont continué d’augmenter, et donc le budget carbone s’est réduit. Cette nouvelle Stratégie nationale bas-carbone a deux ambitions : atteindre la neutralité carbone dès 2050 et réduire l’empreinte carbone des Français. –

Réduire le bilan carbone individuel

Pour atteindre ces objectifs à l’horizon 2050 dans les secteurs du tourisme et des loisirs par exemple, il s’agirait d’obtenir un changement radical de la « culture du voyage », avec un renouveau du sens de la proximité, des modes de vie plus lents, un soin de l’environnement immédiat… Pour guider le citoyen dans sa démarche de réduction d’empreinte carbone, la France disposait en 2010 du bilan carbone personnel, le Coach Carbone®, développé par l’Ademe dont les affiches illustrent ce chapitre. Les outils se sont diversifiés depuis cette date. L’Ademe met actuellement au point un simulateur intitulé « Nos gestes climat » dont un des schémas est présenté ci-dessous.

Empreinte carbone du français moyen en 2020 (Ecolab, Ademe)

En tête du palmarès de notre empreinte carbone se trouve notre alimentation, devant le transport et le logement. C’est l’alimentation carnée et laitière qui est la plus couramment pointée. Qu’en est-il réellement ? En tonnage, l’Europe, qui était en tête jusqu’en 1995, a été dépassée par la Chine. Le cheptel mondial d’animaux terrestres s’élève à 75 milliards. Autrement dit, pour chaque humain il y a 10 animaux d’élevage. Un poids considérable pour l’environnement…

Consommation de viande en millions de tonnes (m) par grande région (Source: FAO 2019)

L’institut de l’élevage IDELE publie une évaluation de la durabilité des systèmes et des territoires agricoles français qui détaille par branche les émissions de gaz à effet de serre (ammoniac NH3, dioxyde de carbone CO2, méthane CH4, protoxyde d’azote N2O, sulfure d’hydrogène H2S) et les moyens de les réduire. Elles proviennent de la consommation d’énergie, de la fertilisation des cultures, des achats d’intrants, des déjections et de la fermentation entérique (digestion).

Élevage : Émissions de gaz à effet de serre

Par ailleurs, pour entretenir autant d’animaux (61 % de la biomasse des mammifères sur Terre), les céréales deviennent de plus en plus l’aliment de base du bétail, au détriment de l’herbe, des résidus de culture et des déchets alimentaires comme auparavant. Si deux tiers des aliments consommés en France sont d’origine végétale, l’alimentation animale nécessite environ 85 % de nos surfaces agricoles. Et elles ne sont pas suffisantes !

Les importations du maïs brésilien sont en hausse de 74% par rapport à la campagne précédente

Une bonne part de l’alimentation animale européenne est importée de régions du monde où les surfaces agricoles s’accroissent au détriment des forêts. Par exemple, 80% de la déforestation de l’Amazonie en Amérique du Sud sert à libérer de l’espace pour le pâturage ou la production de soja (une légumineuse) et de céréales destinées à l’exportation (85% du soja importé en Europe provient d’Argentine et du Brésil). Les deux graphiques suivants illustrent l’utilisation des céréales dans le monde, selon qu’il s’agisse de pays développés ou des autres pays.

Répartition en pourcentages – Sources OCDE, FAO
Répartition en pourcentages – Sources OCDE, FAO

Enfin, « le méthane lié à la fermentation entérique des ruminants (bovins, ovins) et aux effluents d’élevages représente 44 % des émissions émanant de la production agricole. Le protoxyde d’azote, issu principalement de l’usage de fertilisants azotés sur les sols agricoles, est responsable de 34 % de ces émissions » (source Ademe). Le transport et la transformation des aliments constituent également des postes de consommation d’énergie élevés.

Par ailleurs, la fabrication de sucre, celles de produits laitiers et de produits amylacés (à base d’amidon de céréales ou de tubercules) sont à l’origine des consommations d’énergie et des émissions de CO2 les plus importantes parmi les produits agroalimentaires transformés. Le calcul de l’empreinte carbone du thé effectué par un spécialiste américain est fort révélatrice de tous les éléments à prendre en compte. Il y a aussi le chocolat, la banane, l’huile de palme, le soja, le riz… La liste est longue des plantes dont la culture, la transformation, le conditionnement induisent, directement ou indirectement, des dommages à l’environnement et l’émission de gaz à effet de serre. Dans le domaine des boissons, même l’eau minérale a un impact environnemental par le biais de son conditionnement en bouteilles. Au processus de production de ces emballages à base de pétrole s’ajoute la grande difficulté à recycler les plastiques.

Canopia, usine de traitement des déchets du Pays basque (Bayonne, Bil ta Garbi)

2.2.4.4. Agir pour réduire les déchets

Le corollaire de la consommation, ce sont les déchets. Au 18e siècle, alors que les villes devenaient de plus en plus denses, il est apparu nécessaire d’organiser la collecte et l’évacuation des déchets vers la campagne. Constituées pour une grande part de déchets organiques, les ordures d’alors avaient une destination toute trouvée : elles allaient en grande majorité nourrir les champs alentour. En l’espace de deux siècles, les modes de consommation ont cependant grandement évolué et les déchets produits par nos sociétés se sont multipliés et considérablement diversifiés. Si le modèle de gestion des ordures est resté basé sur les mêmes principes – évacuer et faire disparaître les déchets le plus rapidement et le plus loin possible des zones urbaines – leur destination a changé. Les décharges et les incinérateurs sont aujourd’hui le principal exutoire de près de deux tiers des quelques 490 kg de déchets ménagers et assimilés que chaque européen produit en moyenne par an.

Pays basque: 195 000 tonnes de déchets à trier ! (Canopia, Bil ta Garbi)

Après les lois Grenelle 1 et 2 et le nouveau Plan National de Prévention des déchets 2015-2020, l’objectif s’est focalisé sur l’accompagnement d’une évolution vers une économie circulaire (« rien ne se perd, tout se transforme ») permettant de faire face à la rareté des ressources, mais aussi de limiter le plus possible les impacts environnementaux et sanitaires des déchets, depuis leur collecte jusqu’à leur traitement. En application du Code Général des Collectivités Territoriales, la Communauté d’Agglomération Pays Basque exerce en lieu et place de ses Communes membres l’intégralité de la compétence d’élimination et de valorisation des déchets ménagers et assimilés. La directive déchets du 19 novembre 2008 établit, entre autres dispositions, une hiérarchisation dans les modes de gestion des déchets.

  1. Prévention des déchets: « Le meilleur déchet est celui qui n’est pas produit »
  2. Réemploi: « Ce qui ne sert plus peut servir aux autres »
  3. Valorisation matière et organique: « Récupérer les déchets pour leur matière recyclable »
  4. Valorisation énergétique: « Ce qui reste après le tri est transformable en énergie »
  5. Élimination: « En dernier recours, l’enfouissement des déchets »
Txirrind’ola, l’un des partenaires de l’agglomération pour la récupération et le recyclage des vélos

Les mesures les plus connues sont l’édition et la distribution d’autocollant « Stop Pub », la mise à disposition de composteur individuel, de lombricomposteurs, l’accompagnement au développement d’opérations de compostage collectif ou de pied d’immeubles, mais aussi la sensibilisation aux nouveaux comportements permettant de réduire le gaspillage lié aux modes de consommation (sensibilisation à la réparation, à la réutilisation, etc…). La Communauté d’Agglomération est également partie prenante des actions du « Territoire Zéro déchet Zéro Gaspillage ». Ce Label, délivré par le Ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer, valorise une démarche de territoire vertueuse dont l’animation a été confiée par la Communauté d’Agglomération au Syndicat Bil Ta Garbi.

Eco-Cup, partenaire du Syndicat Bil ta Garbi, assure la livraison, la reprise, le lavage et le stockage des verres proposés à tous les organisateurs d’événements locaux pour leurs opérations culturelles, sportives et festives.

La ville du futur, une ville sans déchet ? Le chemin est encore long. Le « recycler tout pour jeter moins » apparaît alors comme un horizon plus atteignable. En Bourgogne-Franche-Comté, c’est un incinérateur qui est à l’origine d’un changement. Pour des raisons notamment de santé publique, la ville de Besançon décida de ne pas rénover le plus vieux de ses deux fours. Il fallut donc trouver une autre solution, et ce fut le début d’une approche de réduction des déchets à la source, avec par exemple: le développement du compostage de proximité et une tarification incitative, l’utilisation de gobelets consignés dans l’événementiel, le prêt gratuit de kits de couches lavables aux parents qui voulaient les tester… Résultat, les ordures ménagères résiduelles sont passées de 217 kg par habitant en 2009 à moins de 150 kg en 2016. Les déchets recyclables sont passés de 38 à 58%.

L’association AIMA, un des partenaires de l’agglomération, a trois ateliers de recyclage, une boutique solidaire et une bourse d’échange de vêtements, chaussures, matériel de puériculture, le « Coin du Trocoeur »

A titre de comparaison, au Pays basque (158 communes et 309 000 habitants), la quantité de déchets a doublé en 40 ans. Plusieurs facteurs en sont la cause : la consommation des ménages progresse, la durée de vie des produits de consommation courante diminue et la population augmente. En 2019, 195 576 tonnes de déchets ménagers ont été collectés. Chacun de nous produit en moyenne 633 kg de déchets par an (soit largement plus que la moyenne européenne), dont 72% sont valorisés. Le solde est de 177 kg d’ordures résiduelles par personne et par an.

Impact de la végétalisation urbaine: exemple de Paris et sa banlieue

2.2.4.5. Agir pour éliminer les îlots de chaleur urbains

Depuis trente ans, les vagues de chaleur sont plus fréquentes. Celles-ci sont amenées à se multiplier et à beaucoup s’amplifier à horizon 2100. Combiné à l’augmentation de la population et à la densification urbaine, le changement climatique va rendre plus prégnant le phénomène des îlots de chaleur urbains, c’est-à-dire une élévation des températures de l’air et de surface des centres-villes par rapport aux périphéries, particulièrement la nuit. Ce phénomène est lié à plusieurs facteurs :

  • Les propriétés thermophysiques des matériaux utilisés pour la construction des bâtiments, des voiries et autres infrastructures
  • L’occupation du sol (sols minéralisés, absence de végétation)
  • La morphologie urbaine (voies de circulation importantes, « rugosité » urbaine diminuant la convection…)
  • Le dégagement de chaleur issu des activités humaines (moteurs, systèmes de chauffage et de climatisation…)

Les matériaux urbains stockent la chaleur durant la journée (15 à 30% de plus que les zones moins denses) et elle se libère la nuit. C’est pour cette raison que ce phénomène est plus marqué la nuit, empêchant les températures de redescendre.

Des nuits plus chaudes en ville qu’à la campagne (CNRM – Centre national de recherche météorologique)

En outre, la croissance de la population accompagnée d’un étalement urbain entraîne l’artificialisation des sols, voire une imperméabilisation, qui ont pour conséquences la saturation des réseaux d’assainissement et l’augmentation du risque d’inondation, l’érosion de la biodiversité, le recul des espaces naturels et agricoles… L’État français s’en inquiète et il a conçu, sous l’égide du Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement), de la DREAL (direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) et de l’Agence de l’eau, un guide technique intitulé « Vers la ville perméable – Comment désimperméabiliser les sols ? ».

Vers la ville perméable

Pour limiter l’élévation de la température estivale en ville, la solution la plus facile à mettre en place serait de couvrir les façades de plantes grimpantes et d’ombrager les chaussées et les abords des bâtiments avec des arbres dont on laisserait la hauteur et le diamètre du houppier se déployer pleinement. Mais ces plantes, tout comme les humains, auront soif. La ville devra entreprendre parallèlement de libérer au maximum la terre de ses revêtements imperméabilisants de bitume, de pavés ou de béton. En outre, elle devra revoir le réseau d’eaux pluviales pour alimenter des bassins de rétention d’eau et des mares.

Désimperméabiliser !

L’agence de l’eau a lancé en 2019-2020, puis encore en 2020-2021, un appel à projets national qui vise tout projet de désimperméabilisation et de végétalisation pour gérer les eaux de pluie des cours d’école, de collège, de lycée et d’université. Cette désimperméabilisation accompagnée d’une végétalisation accrue permettra aussi d’atténuer les effets des pluies torrentielles qui, à l’inverse, seront de plus en plus fréquentes en automne-hiver. La végétation freinera l’écoulement de l’eau et lui permettra de s’infiltrer dans le sol. Ainsi, on pourra éviter, ou au moins limiter, les inondations calamiteuses. – Toutefois, il ne faut pas oublier qu’une inondation à Bayonne peut provenir d’un très fort épisode pluvieux en amont de l’Adour, de la Nive ou de leurs affluents. Il est donc indispensable d’avoir une réflexion au niveau du bassin versant dans sa totalité pour revoir son aménagement et faire en sorte de freiner autant que possible le ruissellement tout en favorisant la pénétration de l’eau dans le sol. –

Des sacs de sable pour protéger le Casino de la tempête (octobre 2020, Grande Plage, Biarritz)

2.2.5. Agir pour anticiper le recul du littoral

2.2.5.1. Un milliard de gens à reloger loin des côtes

Pour le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), la montée des eaux serait plus rapide que prévue et toucherait un nombre beaucoup plus important de personnes : certains spécialistes évoquent même le chiffre d’un milliard d’habitants des régions côtières appelés à déménager. La question n’est plus aujourd’hui de se demander si certaines communautés humaines pourraient être amenées à se déplacer. La question est quand et surtout où et comment. Pour la Banque mondiale « la protection du littoral contre les tempêtes et l’élévation du niveau de la mer n’aurait de sens sur le plan économique que pour environ 22 à 32 % des zones côtières de la planète au XXIe siècle ». Le reste est de l’argent jeté à la mer. L’institution internationale, comme la plupart des scientifiques, recommande de mettre en place des mesures de repli progressif. Plutôt que d’investir dans de coûteux chantiers de digues de protection, il est plus intelligent de lancer des programmes de constructions abordables à l’intérieur des terres. Car ce sont des millions de personnes déplacées qu’il faudra loger ailleurs.

Falaise écroulée à Urrugne, le jeudi 29 octobre 2020: sur la corniche basque, les falaises reculent de 25 cm en moyenne par an et jusqu’à 50 cm par endroits. – C’est essentiellement le résultat de la dissolution chimique par les eaux de pluie. La solution est de limiter leur infiltration. (Précision Pierre Mauriaud, géologue) –
D’ici 2050, ce sera une moyenne de 27 m qui auront reculé, et jusqu’à 37 m… De grands tronçons de la route de la Corniche, de Socoa à Hendaye, vont disparaître.

2.2.5.2. Stratégie française pour le trait de côte

En France, le Plan national d’adaptation au changement climatique et le Plan biodiversité réaffirment la volonté de l’État de contribuer à une plus grande adaptation des territoires et de renforcer leur résilience à travers le déploiement de solutions fondées sur la nature. Le programme d’actions 2017-2019 de la stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte incitait à valoriser le rôle des écosystèmes naturels dans les projets de recomposition spatiale des territoires littoraux, en complémentarité ou alternative à des solutions plus classiques de type génie civil. Si je comprends bien, cela signifie qu’il faudrait considérablement étendre les territoires côtiers placés sous la protection du Conservatoire du littoral, stopper tous les projets visant à artificialiser les côtes, démanteler tout ce qui peut l’être pour restaurer l’environnement naturel, commencer à relocaliser vers l’intérieur du pays les logements et activités les plus exposés au risque de submersion…

Maison Moulis à Bayonne

En outre, il faudrait apporter des solutions au problème déjà ancien du recul du trait de côte pour les raisons signalées plus haut (entrave à la libre circulation des sédiments dans les cours d’eau, prélèvements de granulats). C’est toute l’économie du bâtiment et de l’infrastructure routière qu’il s’agirait de repenser. Aux États-Unis, au Japon, en Scandinavie et en bien d’autres endroits, l’architecture est encore majoritairement en bois, notamment les maisons et bâtiments bas. En Europe, les maisons à colombages ou à pans de bois sont devenues très rares. Si un coût beaucoup plus important était affecté à l’acquisition de granulats (pour en faire du béton, du ciment, des routes…) afin de prendre en compte les terribles dégâts écologiques engendrés par leur extraction, il est probable que l’on aurait davantage recours à des matériaux plus renouvelables comme le bois.

L’érosion de la falaise à Anglet, avec la chute de plusieurs pans en 1999 et 2001, caractérise le recul de la côte rocheuse notamment, ici, par un désensablement du pied de falaise.

2.2.5.3. Qui préserver sur la côte basque ?

Une stratégie globale de gestion du trait de côte a été élaborée depuis juin 2012 par les élus de la côte basque, en collaboration avec le GIP Littoral Aquitain (Groupement d’intérêt public). Ils ont mis en place un vaste plan d’actions, en distinguant clairement les secteurs qu’ils souhaitent voir préservés, et les secteurs dans lesquels ils laisseront faire la nature. L’agglomération Côte Basque – Adour (ACBA) a lancé le 12 décembre 2016 sa stratégie locale de gestion du trait de côte. Pour Anglet, Biarritz et Bidart, le linéaire de côte concerné – aussi bien sableux que rocheux – est de 17 km et accueille une population d’environ 90 000 habitants. Le budget prévisionnel prévu pour 20 ans (2023-2043) est conséquent : 85 millions d’euros, soit 3,3 millions d’euros par an.

Biarritz, confortement de la falaise de la côte des basques à la plage de Marbella

– Petite remarque: je me demande si la population réellement concernée par le recul de la côte d’Anglet à Bidart d’ici 2050, en l’absence de toute mesure de protection, représentera un nombre aussi important que les 90 000 mentionnés plus haut. Si les falaises de la Corniche basque reculent au maximum de 37 mètres, cela donne un ordre de grandeur pour les sections rocheuses d’Anglet, Biarritz et Bidart. Par contre, les sections basses et sableuses seraient sans doute soumises à une submersion plus loin dans les terres. Mais, d’après les cartes présentées plus haut dans cette étude (Coastal Climate Central et DREAL Midi Pyrénées), ce sont surtout les berges de l’Adour qui seraient gravement impactées, pourtant non concernées par ces mesures de maintien du trait de côte. Depuis l’estuaire, l’Adour traverse les communes d’Anglet, Boucau, Tarnos, Bayonne et bien d’autres encore vers l’amont. La mer investirait également les rives des affluents de l’Adour et des petits ruisseaux côtiers. Ainsi, des trois villes du BAB, il me semble que Bayonne devrait être la plus touchée. –

Tempête à Biarritz (Photo Phytolab)

Selon ces sources documentaires, il semble que les élus pensent pouvoir protéger Anglet, Biarritz et Bidart de la hausse du niveau de la mer et de la puissance des tempêtes qui pourrait s’intensifier. Aucun changement n’apparaît quant à l’attribution de permis de construire en zone possiblement exposée à ces aléas, que ce soit pour des villas comme à Chiberta (Anglet), des immeubles du bord de mer, des bâtiments publics tels que l’Espace de l’océan ou la patinoire à Anglet. L’hôtel du Palais à Biarritz a entrepris de grandes réfections et des aménagements aussi bien intérieurs qu’extérieurs, montrant ainsi son optimisme quant à sa viabilité future. Il en est de même pour le musée de la mer érigé sur un rocher déjà fortement creusé par l’érosion. La ville poursuit le confortement de la falaise entre les plages de la côte des basques et de Marbella en créant une bande rocheuse qui servira de promenade.

Inondation des quais (Bayonne, 2016)

Qu’en est-il de Bayonne ? Je n’ai trouvé aucune mesure de protection comparable pour la rive droite de l’embouchure de l’Adour et le secteur Bayonne Boucau Tarnos, en dépit de la présence des activités portuaires. Pourtant, le feu vert a été donné pour la construction de nouveaux bâtiments industriels tel que le laminoir, la gare vient d’être rénovée et le quartier Saint-Esprit est en pleine mutation. Sur l’autre rive, des bâtiments commerciaux tels qu’Ikea viennent d’être érigés à proximité de l’Adour en pleine zone humide d’Ametzondo. Il y a quelques années, le bâtiment qui héberge la mairie et le théâtre a aussi été rénové.

Bayonne, 18 septembre 2009 : une bonne part des quartiers Sainte-Croix, Saint-Frédéric et Saint-Esprit les pieds dans l’eau

Sur la rive droite de la Nive, le quartier de Glain s’est constitué de toutes pièces, alors que le parc de la plaine d’Ansot juste en amont est régulièrement inondé, de même que les commerces de la rive gauche en contrebas de la cathédrale. Certes, après les inondations catastrophiques de 2009 dans les quartiers Sainte-Croix, Saint-Frédéric et Saint-Esprit de la ville, des réseaux d’eaux pluviales et d’eaux usées ont été recalibrés, des bassins de rétention creusés, des pompes installées pour assécher les parties basses et rejeter l’eau dans l’Adour, des portes étanches ont été promises aux commerces de bord de Nive… Est-ce bien suffisant ?

Inondations à Bayonne (1er février 2014)

Quelles solutions envisager ? Sur les secteurs les moins protégés, des riverains n’auront d’autre choix que de quitter leur maison, leur commerce, leur entreprise. A quelle hauteur pourront-ils être indemnisés ? Comment mettre en œuvre les éventuelles relocalisations ? Une proposition de loi est actuellement à l’étude, pour offrir de nouveaux outils juridiques afin d’aider les collectivités à mieux gérer le risque et anticiper le repli des biens et des personnes.

Carte topographique où l’on voit la vallée de la Nive dont les crues impactent directement Bayonne.
Carte topographique: une grande partie de Bayonne est à très basse altitude.
Projection des Nations unies (2019) et scénario « standard » du club de Rome (1972) (Source: Nations unies)

2.3. La faute aux bébés ?

Afin de bien saisir la nécessité, l’urgence d’agir à tous les niveaux, y compris personnellement chez nous, très localement, pour nous préparer et, peut-être, atténuer, freiner, enrayer si possible ce phénomène terrible de changement climatique que nous avons enclenché avec la révolution industrielle en Europe – une terrible responsabilité historique -, il est important de tordre le cou à quelques bruits de couloir, de vieux préjugés et un raisonnement qui nous dédouanerait en nous donnant bonne conscience. Voyons de quoi il retourne.

Salle des Géants, scène dite « La Chute des Géants« , 1530 – après 1534, Jules Romain (Mantoue, Palazzo Te)

2.3.1. Le club de Rome

Tombé un temps dans l’oubli, le modèle du « Club de Rome » proposé en 1972 revient aujourd’hui à la mode. C’était d’abord, et cela reste, l’une des rares tentatives de construction d’un « modèle monde » incluant des variables démographiques, sociales, économiques et même environnementales ; c’est ensuite un exemple « d’effondrement endogène » annoncé dans la plupart des variantes du modèle, ce qui le rapproche des théories « collapsologistes » actuelles. Dans le modèle de 1972, les cinq variables-clés étaient les suivantes : les ressources alimentaires, les ressources naturelles (pétrole, métaux, etc.), la production industrielle ainsi que les capitaux investis, les niveaux de pollution et la population mondiale.

Courbe de croissance de la population mondiale (projections après 2019)

Jusqu’ici la prévision (standard) du Club de Rome – c’est-à-dire la pire, « business as usual » , sans aucun changement de comportement de la part des pays « développés » – a été presque exactement réalisée, mais c’est essentiellement du fait de la prise en compte correcte de l’inertie existant en 1970. C’est plus tard que la divergence de ce modèle avec la projection des Nations Unies se manifestera (entre 2025 et 2030), parce que la fécondité a déjà fortement diminué, les rendements agricoles se sont améliorés et les réserves de ressources énergétiques ont été plus importantes que ne le supposait celui-ci… Les conditions de l’effondrement de la population prévu à partir de 2050 ne sont donc pas réunies.

Projections de population (en milliers) par continent de 2025 à 2100. Scénario central (INED – Institut national d’études démographiques)

Les scénarios des Nations unies supposent que la mortalité continuera de baisser, comme c’est le cas depuis des décennies. Mais les pronostics les plus pessimistes sur les perspectives d’évolution de la population mondiale se fondent sur des hausses considérables de la mortalité. Certains pensent que l’évolution climatique, si elle n’est pas contrôlée à temps, pourrait entraîner un effondrement de la production agricole et des famines catastrophiques pouvant affecter l’ensemble du globe.

Avec le réchauffement climatique, les précipitations de mousson pourraient s’amplifier significativement, en accord avec les prévisions du GIEC (photo: Sud de l’Inde, Kerala, août 2019).

Toutefois, d’autres estiment qu’avec les perspectives actuelles d’évolution de la population mondiale et des productions alimentaires, sous réserve d’une évolution climatique maîtrisée (pas plus de 2 degrés en moyenne), il serait possible de nourrir la population mondiale au moins jusqu’en 2050, sous conditions d’une certaine sobriété, en particulier en produits animaux, et d’une réduction des gaspillages.

Seuil de renouvellement des générations: 2,1 enfants par femme

2.3.2. La natalité en cause ?

Certains démographes de l’ONU pointent du doigt l’accroissement de la population (et plus précisément celle des pays les moins développés à forte natalité) qu’ils rendent responsable du réchauffement climatique. Selon eux, une des mesures pour y remédier serait d’améliorer la condition des femmes, leur donner accès à l’éducation, à des ressources économiques et au planning familial, pour leur laisser le choix d’enfanter (ou pas) !

Des scientifiques suédois vont plus loin. Ils reconnaissent la responsabilité des pays développés et enjoignent les couples à faire un enfant de moins. Or, de l’Amérique du nord à la mer de Chine en passant par l’Europe, le nombre de ces « privilégiés » , qui représentent le cinquième de la population mondiale, est déjà en voie de diminution avec un indice de fécondité inférieur à 2 enfants par femme. Dès lors, préconiser dans ces populations un enfant de moins reviendrait à quasiment annoncer leur disparition physique à l’horizon d’une ou deux générations (un demi-siècle) ! Ils préconisent en outre trois actions supplémentaires pour réduire rapidement les émissions de gaz à effet de serre: supprimer l’usage de la voiture (« living car-free » ), éviter les déplacements en avion et suivre un régime végétarien.

Le vieillissement du Japon entraîne la diminution progressive de sa population.

Ces arguments ne tiennent pas. Le réchauffement climatique est bien induit par le mode de vie des pays les plus riches. La seule question qui se pose, c’est la vitesse à laquelle la détérioration du climat affectera les rendements agricoles. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) admet qu’une détérioration plus forte du climat pourrait affecter les rendements agricoles, mais il montre que des remèdes existent, et que le processus serait progressif. Il faudrait une dégradation très brutale et très vaste pour envisager par exemple l’émergence de graves conflits entre populations pour l’accès aux ressources et tout particulièrement à l’eau. Mais on atteint là les limites des projections, démographiques ou autres : il n’est pas possible de prendre en compte une catastrophe d’une ampleur jamais connue (comme une guerre thermonucléaire), comme il est impossible de prévoir celle-ci.

Réchauffement climatique: ceux qui l’induisent et ceux qui le subissent de plein fouet.

Non, ce n’est pas la F I N, c’est le moment d’ A G I R : Les modélisations aident à réfléchir, elles ne sont pas la réalité. Il s’agit de choisir: chercher le B O N H E U R dans une meilleure adéquation avec la Nature (et freiner le réchauffement climatique) ou dans la Consommation (et laisser se dégrader le climat).

Une meilleure adéquation avec la Nature


BAB 2050 – Climat
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6 commentaires sur “BAB 2050 – Climat

  • 26 novembre 2020 à 12 h 37 min
    Permalink

    Pas très rassurant tout çà …

    Répondre
  • 26 novembre 2020 à 13 h 42 min
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    Bonsoir Cathy 
    J’ai lu avec intérêt le fruit de tes recherches remarquablement documentées et tes analyses. C’est pas très réjouissant !  Je n’ai évidemment pas l’autorité intellectuelle ni les connaissances pour apporter des commentaires constructifs à ce travail impressionnant. Ma seule contribution,  puisque tu me demandes mon avis, c’est de te donner un regard sur une conception du futur. Plutôt ce qui m’a paru le plus pertinent suite à des lectures récentes sur le sujet de l’avenir proche de l’humanité, au vu notamment d’ouvrages de Yuval Harari (« Sapiens »,  « Homo Deus », «  21 leçons pour le 21ème siècle »).
    Il est illusoire de vouloir retrouver ou préserver la nature, la biodiversité et notre environnement tels que nous les avons connus ou tels qu’ils sont encore aujourd’hui. renoncer. Depuis le néolithique l’homme n’a cessé de modifier notre Terre pour ses propres besoins, l’empreinte que nous laissons sur notre planète est indélébile, elle est « proprement «   géologique (on parle d’Anthropocène). Et nous-mêmes d’ailleurs nous transformons biologiquement et en permanence de manière concomitante . A petite échelle de temps, nous ne sommes déjà plus comme nos ancêtres du Moyen Âge et nos descendants dans les siècles suivants seront aussi différents de nous. Je pense que des avancées  insoupçonnées dans la médecine et les biotechnologies nous permettrons de nous adapter en permanence à nos futurs environnements que nous ne cesserons de modifier, de manière plus ou moins contrôlée. Et tout cela ira de plus en plus vite, très difficile de prévoir ainsi ce que sera notre avenir d’ici quelques décennies…C’est assurément angoissant de ne pas avoir de certitudes et de perspectives optimistes sur notre futur proche, pour ma part je fais confiance à l’humanité et sa capacité d’adaptation. Il est globalement  préférable de vivre en 2020 qu’en 1920 et  encore plus qu’en 1820.  Et pour un être humain lambda, la meilleure période à vivre de toute l’histoire (et de la préhistoire ) c’est ….aujourd’hui ! Cela peut paraître contre intuitif, mais comparons avec d’autres époques des facteurs comme l’espérance de vie, le niveau d’éducation, la probabilité pour chacun d’être confronté à des grands maux comme la guerre, les épidémies et les famines. Depuis l’aube de l’humanité jusqu’au début du siècle dernier, la très grande majorité des hommes fut directement impactée par au moins un de ces trois fléaux. Pour la première fois dans notre histoire ça n’est plus le cas aujourd’hui même si d’autres problèmes sont apparus. Considérons aussi le fait que globalement la valeur humaine n’a jamais non plus paru aussi importante que de nos jours.  Il suffit de revenir 100 ans en arrière et voir comment on envoyait facilement à la boucherie des millions de soldats ou de comparer le gestion et les dommages de 2 pandémies (Grippe espagnole et Covid 19).
    Cette mise en perspective ne doit surtout pas nous amener à renoncer à nos luttes contre la dégradation de la nature et nos comportements coupables. Ton projet prometteur est l’illustration de cette prise de conscience, je te souhaite bon courage pour le mener à son terme …

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  • 30 novembre 2020 à 12 h 13 min
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    Il faut prendre le temps de lire en détail la grande documentation rassemblée par Cathy Constant-Elissagaray, et j’ai attaché une vidéo d’Edgar Morin sur ces mêmes problèmes de notre société moderne.
    Au delà du titre, il parle de l’origine des problèmes, la financiarisation généralisée, la consommation excessive et souvent futile, mais finit surtout sur quelques grands conseils à nos jeunes, que je vous laisse découvrir. (3 dernières minutes)

    Un autre élément important, relaté par Raymond Aron dès les années 70 (époque du rapport du MIT au club de Rome dont parle C. Constant-Elissagaray), c’est la multiplication par 100 des étudiants de 3eme cycle depuis la guerre, dans d’innombrables filières.
    La vie en ville, dans des rôles plus spécialisés, a remplacé le mode de vie de l’agriculteur et de l’artisan d’avant-guerre, plus proche de la nature et des matières naturelles.
    C’est peut-être une des raisons pour lesquelles les alertes du club de Rome en 72 sur les effets de la croissance sur la nature, l’eau, les matières premières ont été peu entendues le grand public.

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  • 1 décembre 2020 à 13 h 44 min
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    Merci de partager avec nous ce remarquable travail de synthèse.

    – L’évolution du prix du foncier après la canicule 2003 me semble être une variable importante qui attise à la fois convoitise et conflits d’intérêts quant à la gestion foncière.
    – Il est question de l’implantation curieuse d’Ametzondo mais que penser de la zone de fret de Mouguerre/Lahonce menacée régulièrement d’inondations.
    – La moyenne d’âge de la population locale est également une faiblesse locale quant à sa prise en charge (humaine et budgétaire) et à son plus faible potentiel productif.
    – Il pourrait être évoqué le défaut d’entretien des cours d’eau très encombrés par des végétaux de toutes sortes.
    – « Comme sur le pourtour méditerranéen, la fragilisation de la végétation par de plus longues périodes de sécheresse et de canicule estivale accroîtra les phénomènes de ruissellement et d’érosion des sols, augmentant le risque d’inondations brutales. » Il me semble que ce parallèle est difficile à démontrer tel quel. On peut évidemment s’interroger sur la capacité d’un écosystème à se régénérer à l’identique suite à une destruction (par incendie) mais ce n’est pas la même chose sur les écosystèmes en place qui ont une capacité de résilience autre il me semble. L’ajonc n’est il pas remplacé par d’autres variétés?

    – Pour info, ND du refuge est en train d’installer un réservoir de 20 000 m3 pour le maraîchage. Il semble que les 2 petites nappes ne soient, pour l’heure, pas touchées par la salinisation.

    – J’aime beaucoup le parallèle que tu fais entre la prétendue urgence sanitaire et l’urgence climatique bien réelle et le peu de réactions d’ampleur. Curieusement, selon les dires de mon fils que je n’ai pas vérifiés, une partie de la solution pourrait venir de la Chine qui serait très avancée dans les solutions « écologiques ».

    – Je comprends l’amalgame entre local et bio pour la production alimentaire. Toutefois, la production bio ne me semble pas vraiment une solution pérenne. Elle est notamment très dépendante de la filière plastique (pour les planches de culture, les serres, les ficelles, les systèmes d’irrigation) et de la filière classique (amendements issus de filières conventionnelles, semences non reproductibles). Nourrir les poules dans un élevage, même bio, ne peut se faire avec les « déchets » verts auto-produits.
    – le recours à l’argent public pour soutenir l’agriculture locale à travers les cantines me semble contre-productif. Certes, il sécurise théoriquement les débouchés mais il tend à spécialiser les cultures et à favoriser les exploitations de taille moyenne à grande. Or, nous savons que ces 2 modèles sont contre-productifs car ils manquent d’autonomie et de résilience.
    – Dans le registre de la gestion du gaspillage, le glanage des champs, vergers ou déchetteries me semblent être des options à envisager également. Que ce soit par des personnes morales ou physiques.
    – Concernant la gestion des déchets, il y a également un conflit d’intérêt entre les recycleurs et les collectivités. A tel point que j’ai assisté, à Biarritz, à une conférence sur l’économie circulaire qui vantait les mérites… du recyclage et des filières plutôt que de la sobriété ou du réemploi. Consommez plus, jetez plus, nous construirons toujours plus de centres de recyclage!
    – Je ne comprends pas ce passage « Selon le type d’habitat et de végétation, les plantes des marais réduiraient l’érosion de 30 à 80 % en comparaison d’une zone non végétalisée. Pour la protection contre les tempêtes, l’abaissement de la hauteur de houle serait de 4,4 cm à 15,8 cm par kilomètre de marais côtier traversé. » Je ne saisis pas le rapport entre le trait côtier et les plantes des marais. Je ne vois pas non plus comment la végétation peut abaisser la hauteur de houle.
    – étant donné que tu finis par la démographie; il me semblerait intéressant de mentionner à quel point l’impact de la population sur notre écosystème provient du produit entre le nombre d’habitants et leur niveau moyen de consommation. Il me semble que ça remettrait en tête l’objectif de sobriété que nous devons avoir plutôt que d’aller faire la leçon aux autres sur leur taux de fécondité.
    – les enjeux conflictuels me semblent plus importants qu’il n’y paraît. Notamment parce que les zones de conflits potentiels sont constituées d’états instables et/ou belliqueux mais aussi parce qu’elles sont dans des régions déjà touchées par une grande sècheresse.

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  • 5 décembre 2020 à 11 h 07 min
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    Pour illustrer ces propos alarmistes mais réalistes, il faudrait connaître la topographie de Bayonne, en particulier pour schématiser les zones inondées dès lors que les niveaux d’eau montent, par exemple de 10 cm. La base de départ pourrait être la dernière crue. En nommant les rues touchées, la population se sentirait directement impactée. Le choc des mots pour réveiller les consciences.
    Lorsque je militais contre la LGV, j’ai constaté que nombre de sympathisants étaient des personnes qui se pensaient potentiellement impactées. Dès lors que le fuseau SNCF bougeait à leur avantage, ces  » sympathisants  » quittaient souvent notre collectif.
    Pour info : sur aucun des tracés je n’aurais été impacté personnellement.
    Quel dommage que Boucau Tarnos persiste dans son schéma industriel avec ces industries polluantes où les conditions de travail rappellent le moyen-âge!
    Plein sud face à la Rhune, il y aurait bien mieux à faire. D’autant plus que les plages sont gigantesques et relativement propres dans les Landes du fait que les courants amènent vers Anglet la pollution de l’Adour qui finit par rejoindre celle de l’Uhabia à Bidart.
    Quant au dragage de l’Adour, les boues chargées en métaux lourds sont déversées par la CCI face au VVF d’Anglet : ceci au cas où de gros bateaux viendraient sur le port de Bayonne . No comment !

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  • 2 février 2021 à 22 h 07 min
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    Une réflexion en profondeur des conséquences irresponsables de notre comportement actuel appliqué a notre environnement immédiat. Des axes de solutions dans la deuxième partie. J’ai vu que l’atelier de vélo était bien mentionné, mais je n’ai pas vu de constat sur l’échec de l’aménagement de la piste cyclable sur le BAB, et son debriefing qui pourrait permettre de remettre ça d’une nouvelle manière plus convaincante. Car franchement la ville future c’est aussi une ville sans voiture non ?
    Après je salue le travail mais je m’interroge sur ses retombées. Ce qui est étonnant a vrai dire, ou plutôt affligeant, c’est que ces reflexions ne trouvent pas suffisament de caisse de résonnance politique. Il ne s’agit pas la d’un défaut de preuve par l’image ou par le chiffre, mais bien de problèmes d’ordre culturelle et sociale. Notre nouvelle religion est l’argent, la culture du profit, et il nous faut en changer. Parler aujourd’hui de la décroissance est presque un blasphème. Mr Blanquer a demandé que l ‘on consacre 2h dans toutes les écoles lorsque l’on a assassiné ce professeur qui montrait des caricatures religieuses. Quand demandera-t-il 2h pour que dans toute les écoles on explique aux jeunes que l’on assassine la terre grâce a ce genre de conférence ? Mais non sujet tabou sur lequel on ne doit pas faire paniquer, juste ce qui faut. Faire comprendre aux gens que la décroissance est la seule marche a suivre aujourd’hui est une question de survie. Merci d’y participer.
    Ici un lien peut être qui interressera, concernant un professeur d’économie Yves Marie Abraham https://journalmetro.com/actualites/montreal/2394832/guerir-du-mal-de-linfini-la-decroissance-comme-alternative-au-capitalisme/

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