Un jardin sur les toits

L’art s’invite à l’entrée du jardin pour accueillir les visiteurs (9 mars).

En trois mois, le jardin de Lilitegia s’est métamorphosé grâce aux attentions diligentes d’un groupe de plus en plus fourni et soudé de résidents-jardiniers amateurs. Très rapidement, un réseau WhatsApp a été instauré entre ceux qui s’étaient inscrits aux animations de Libre Cueillette du mercredi. Ses membres l’ont adopté sans problème: l’un signale (hors temps d’animation) qu’il monte au jardin et demande qui est disponible, un relais s’organise tout naturellement pour l’arrosage des semis et des plants récemment mis en terre. Le réseau est même utilisé comme « vide grenier » pour se débarrasser au profit des voisins d’une trottinette, d’un ventilateur…

D’autres jardiniers-résidents décident d’orner le « jardin dans le ciel » (4 avril).

Tout cela a pu se faire grâce à l’assouplissement des règles d’accès au jardin d’abord limité par l’Office 64 de l’Habitat au seul temps d’animations Libre Cueillette. Des badges ont été distribués aux personnes inscrites aux activités et les horaires se sont allongés. C’est que les semis et les jeunes plants dépérissaient d’une semaine à l’autre, faute de soins et d’arrosage ! L’inauguration du jardin le 15 mars a permis aux gestionnaires d’en prendre conscience, et de comprendre la nécessité d’ouvrir plus largement cet espace collectif sur les toits. 

Quelle que soit la météo, des résidents montent au 4ème étage pour s’initier au jardinage avec Libre Cueillette (plantation de fraisiers, 9 mars)
Les enfants sont largement associés aux activités de jardinage… et de cueillette (11 mai).
La mentalité des résidents est excellente: Beñat amène une barquette de fraises de son appartement et les dispose à côté des fraisiers pour augmenter la récolte des enfants, comme les œufs de Pâques que l’on cache au jardin !

Les premières animations s’étaient faites autour des tables à semis où avaient été implantées des graines de haricots et de petits pois de diverses variétés. Un mois plus tard, celles-ci avaient germé et les pousses avaient suffisamment grandi pour être repiquées sur les parterres. Des bambous ont été préalablement récupérés dans le voisinage pour être dressés autour des plants et servir de tuteurs. Alors que les premières récoltes s’amorcent, affolement dans les rangs ! Les fèves subissent une attaque de pucerons, que faut-il faire ? Aspersion de savon noir, d’un autre produit plus agressif ? Pas du tout ! Sonia montre la présence des auxiliaires du jardinier: des coccinelles petites et grandes et surtout leurs larves, extrêmement voraces, sont déjà à pied d’œuvre ! Il suffit de les laisser faire, et surtout ne pas risquer de les empoisonner en voulant occire les pucerons. Comment sont-elles arrivées, me demande-t-on ? Ont-elles été introduites, apportées, achetées ? Mais non ! Elles sont arrivées toutes seules, en volant de leurs propres ailes !

Semis de fèves et petits-pois sur des tables et repiquage dans les parterres.
Toutes les générations s’activent ensemble.
Des talents de bricoleurs sont requis.
Repiquage de petits pois à la terrasse supérieure avec confection de support en tipi.
Trois jeunes repiquent les plants sous la direction de Sonia.
Dans le parterre, fèves et petits pois ont prospéré à côté des pommes de terre et topinambours.
Les pucerons aspirent la sève qui circule dans les feuilles des plants de fèves et la larve de coccinelle dévore les pucerons…
Pucerons et larve de coccinelle.
La coccinelle a pondu de nombreux œufs près des pucerons. Sitôt éclos, les larves ont trouvé leur nourriture à portée.
Gousse de fève bien gonflée de grains durs, bonne pour la récolte.
Récoltes de fèves, petits pois et fraises.

Au jardin, il n’y a pas que des légumes, Sonia apporte un plant de capucines dont les jolies fleurs sont comestibles et peuvent décorer avec bonheur une assiette de salade et de crudités par exemple. Sachant qu’elle va prendre de l’espace et se ressemer d’une année sur l’autre, elle est implantée dans un angle, pas très loin de la porte d’entrée. Des soucis (calendula), de la bourrache et un pied d’arum viennent apporter leur touche de couleur, mais les courgettes s’y mettent aussi !

Sonia apporte un pot de capucines.
En quelques semaines, la capucine a bien prospéré.
Courgettes et soucis (calendula), 7 juin.
Capucine et arum en fleurs (7 juin).

Le jardin est installé sur deux toits d’immeubles contigus et l’accès d’une terrasse à l’autre se fait par un escalier. Si la terrasse du quatrième étage a été aménagée le plus rapidement, la deuxième à l’étage au-dessus n’est pas oubliée pour autant. Sonia apporte des semences de lentilles, histoire de voir si elles vont prendre car le jardin, c’est aussi un lieu d’expérimentation. Ce sont des plantes de la famille des fabacées ou légumineuses, dont les fleurs sont dites papilionacées, car leur forme évoque celle des papillons. C’est l’une des plus importantes familles de plantes à fleurs, qui constitue une source de protéines végétales indispensable à l’alimentation humaine et animale. Les fèves bien sûr en font partie, mais aussi les petits pois, ainsi que le trèfle blanc dont un grand massif a poussé spontanément au pied d’un des arbustes implantés autour des parterres potagers. Grâce à la symbiose des racines avec des bactéries du genre Frankia ou Rhizobium, ces plantes ont la faculté de capter l’azote de l’air et fertilisent le sol.

Les lentilles mettent un peu de temps à germer.
Lorsqu’elles se développent, on s’aperçoit que des graines de vesce commune s’étaient égarées dans le sachet de lentilles.
Les petits pois repiqués à côté des lentilles appartiennent aussi à la famille des fabacées.

A propos d’expérimentation, en voici une qui est originale. Sonia apporte des tomates cerises multicolores et elle explique qu’elle a simplifié à l’extrême le processus de récolte des graines et de semis… et que ça fonctionne ! Devant un groupe attentif, elle montre comment elle procède. Dans un bac divisé en mini-godets, elle dispose les tomates préalablement coupées en deux sur le terreau humecté d’eau, puis elle les recouvre d’une fine couche de terre et arrose encore un peu. Le bac est ensuite recouvert d’un couvercle transparent qui le convertit en mini-serre, et c’est tout ! Il faudra enfin patienter en veillant à conserver le terreau bien humide (mais pas trempé, attention !) jusqu’à ce que les graines aient germé et suffisamment poussé pour être repiquées. 

Expérimentation de semis de tomates cerises (30 mars).
Les enfants sont systématiquement associés aux tâches du jardin.
Sonia apporte un cahier pour que les jardiniers y inscrivent les plantations.

Une visite du jardin est le préalable indispensable aux animations du mercredi: on voit ce qui a poussé depuis la semaine précédente, ce qui n’a pas pris, on regarde où disposer de nouvelles semences ou faire du repiquage. Souvent, des jardiniers apportent de leur propre chef des plants démarrés sur leur balcon, ou bien offerts par la famille, des amis, ou encore achetés. Mais ce que tous préfèrent, c’est s’activer concrètement. Philippe, qui s’implique beaucoup et connaît déjà en partie le travail à faire, apostrophe les enfants et leur distribue des tâches faciles, arrosage, cueillette, tandis que Sonia explique l’art du repiquage et montre comment assurer une bonne reprise des jeunes plants. Des buttes ont été confectionnées en retirant le BRF des parterres, creusant la terre sur les futurs lieux de passage pour la verser sur les espaces réservés aux plantations. Le BRF a été reversé dans les creux pour les reboucher. Un gros travail de préparation ! En parallèle, le local à outils est aménagé progressivement, avec du mobilier récupéré et la reconversion d’une palette par les bricoleurs.

Philippe et Sonia examinent l’espace où ont été semées des graines de plantes à fleurs pour attirer les pollinisateurs: aucune n’a germé !
Confection de buttes pour gagner en profondeur et bien identifier les aires de culture que l’on ne piétine pas.
On marche sur les passages couverts de BRF, mais jamais sur les buttes de plantations.
Repiquage des plants de tomates.
Arrosage des courgettes, piments, aubergines, salades, cornichons, choux, betteraves…

Le 4 mai, Sonia arrive avec Philippe à l’atelier, tous deux chargés de cagettes remplies d’aromatiques et de légumes : ils sont allés les choisir à Saint Pée s/ Nivelle chez le fournisseur de jeunes plants Hazitik Lilia pour enrichir la collection du jardin de Lilitegia. Branle-bas de combat ! Il s’agit de tout mettre en terre dans le temps de l’atelier Libre Cueillette. 

Sonia et Philippe sont allés choisir des plants chez Hazitik Lilia à Saint Pée s/Nivelle (Ibarron) pour Lilitegia.
C’est un festival d’aromatiques et de légumes !
Des buttes prêtes à recevoir les jeunes plants.
Les tâches se répartissent: arrosage, plantation.
Faire un trou à la bonne dimension, dépoter sans abîmer les racines, humecter la terre avant d’insérer la plante, rabattre la terre, tasser soigneusement…
Chacun à tour de rôle s’y attelle, petits et grands.
Les plantes s’intègrent peu à peu dans le jardin.
Le jardinage demande une certaine concentration.
Les enfants participent avec application. La prêle récoltée par Sonia au bas de la résidence est destinée au paillage pour éviter le dessèchement. En arrière-plan se distingue le trèfle blanc, sauvage.

Poursuite des récoltes, semis et plantations.

Philippe explique comment juger si un radis est bon à être récolté (1er juin).
Beñat, toujours un peu farceur, plante deux bambous en croix pour faire écho à Sonia qui trouvait que les buttes ainsi disposées dans les croisillons de planches faisaient penser à des tombes…
Le jardin fourmille d’activité (1er juin).
Sonia explique l’art et la manière de bien jardiner.
Repiquage des plants de tomate en position couchée pour qu’un tiers de la tige se couvre de racines. Ils se renforceront et se redresseront tout seuls en grandissant.
Récup’ et bricolage pour l’aménagement du local à outils.

Depuis plusieurs semaines, Armelle, du jardin botanique littoral de Saint Jean de Luz, fait des pieds et des mains pour faire venir Valérie de Bil ta Garbi à Lilitegia. Enfin elles s’accordent et font coïncider le rendez-vous avec un jour d’animation Libre Cueillette: le 25 mai. Valérie apporte deux composteurs en pièces détachées (très lourdes) et 25 bio seaux. Toute l’équipe de jardiniers est appelée à la rescousse pour décharger la fourgonnette et tout monter aux terrasses. Armelle lui a précisé dans son message que pour le structurant, les plaquettes de bois mises en paillis par l’entreprise de paysage au moment de la livraison des jardins pourront être utilisées (car elle en avait mis vraiment beaucoup), même si celles-ci sont quand même grosses. En attendant elle amène du Jardin botanique un bloc de paille qui sert pour leurs propres composteurs. L’idéal serait de réutiliser un autre déchet du jardin (pas d’acheter de structurant), de type broyat, taille d’arbustes, tonte sèche… Valérie explique aux résidents présents ce jour-là l’utilité et le mode d’emploi du compostage. Ensuite le groupe monte sur la terrasse supérieure, les deux composteurs sont assemblés rapidement et une démonstration est faite avec un seau de déchets de cuisine du jardin botanique déjà plein.

Valérie de Bil ta Garbi explique le compostage des déchets.
Les explications se poursuivent autour des composteurs.
Armelle vide le seau de déchets de cuisine et ajoute la paille.
Des dessins valent mieux qu’un long discours.

De la terre à l’assiette, sans chimie et sans intermédiaire ! Voilà ce qu’apprécient les jardiniers amateurs de Lilitegia. L’une des productions-phare des débutants, c’est le radis: semé directement en terre, à peine recouvert, il pousse rapidement – sauf si des mains encore inexpertes sèment les minuscules graines trop serré, il faut alors éclaircir les rangs et tenter le repiquage. Les salades aussi ont une pousse accélérée, même si, peut-être, il eut fallu attendre un peu plus pour commencer à en récolter. Mais ces jeunes feuilles sont si délicieuses, les jardiniers ont craqué ! La dégustation des premières récoltes offre l’occasion de se réunir pour les apprécier ensemble. Philippe, ancien cuisinier, envoie sur le réseau des photos d’assiettes confectionnées avec les produits du jardin. Mmmm… !

Récolte de radis
Prêt à cueillir !
Assiette de Philippe avec les légumes du jardin.
Jolie récolte !
Assiette de crudités du jardin (Philippe).
Non Ksenia, le poisson ne vient pas (encore) du jardin !

 

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